La mémoire de la photographie de presse à la BnF
    Le département Estampes et photographie de la Bibliothèque nationale de France conserve des fonds de photographie de presse particulièrement importants, tant par leur nombre et leur masse que par leur cohérence et leur pouvoir d’évocation de l’histoire nationale et internationale du XXe siècle. Ces collections, qui se composent tout à la fois de photographies d’agences et de tirages de photographes indépendants, de photographies positives et de négatifs, donnent ainsi à voir les principaux événements politiques et les évolutions sociales du siècle passé.
 
 
  L'archivage de la photo de presse

Ces témoignages visuels, d'une grande richesse, sont entrés dans les collections par divers biais : par l'achat de vastes ensembles provenant d’agences d’illustration et de fonds de documentation de journaux français ou internationaux, par dons ponctuels, mais aussi, bien sûr, par l’application à l’image photographique de la loi sur le dépôt légal, qui fait de la BNF la garante de la mémoire de ce qui se produit et se publie d’année en année.
La photographie de presse nécessite cet archivage à double titre : d’une part, pour elle-même, en tant que témoignage matériel de l’évolution technique et sociale dans la production d’images d’information et d’autre part, en tant que source visuelle de l’histoire des hommes du XXsiècle et de leur regard sur le monde.
Compte tenu de l’usage de plus en plus immédiat et éphémère qui est fait, dans la presse, de ces images d’abord vouées à parler du présent, l’archivage vise à leur apporter une seconde vie, en donnant aux chercheurs de demain l’occasion d’effectuer un "retour sur image" avec le recul nécessaire à l’analyse de ces documents d’histoire à part entière.
La triple mission de collection, de conservation et de communication des photographies de presse à la Bibliothèque nationale de France est d’autant plus importante que l’archivage des images, du fait de leur vertigineuse prolifération sous forme numérique, pose un problème de plus en plus crucial aux agences. Par ailleurs, les stocks d’images déjà produites constituent le monopole d’exploitation de quelques grandes multinationales qui ont compris l’importance de ce marché d’avenir qu’est le patrimoine visuel. En collectant ces images de l’histoire en train de se faire, la Bibliothèque nationale de France se met donc au service de tous ceux qui, dans plusieurs décennies, chercheront à comprendre notre monde et ses modes de représentation.
 
 
 
  L’exemple de l’Agence France-Presse
Au sein des collections d’images de presse conservées par la Bibliothèque nationale de France, la présence en grand nombre de tirages produits et diffusés par l’Agence France-Presse est le résultat fructueux de cette collecte par voie de dépôt légal : le département des Estampes et de la photographie a en effet régulièrement reçu des tirages produits par l’Agence France-Presse depuis sa création jusqu’à 2002. Chaque mois de l’année, l’agence envoyait ainsi un ensemble de tirages représentatifs des grands événements advenus en France et dans le monde. Ce dépôt, systématique et exceptionnel pour une agence de presse, constitue un ensemble très riche d’environ 70 000 images.
Cet enrichissement sur plusieurs décennies constitue aujourd’hui un inestimable témoignage en images des grands événements historiques et des phénomènes sociaux de la deuxième moitié du XXsiècle : guerres, politique, mouvements sociaux, actualité internationale, mais aussi faits de société, évolution des transports, des modes, de l’industrie, culture, sport, religion, défense, célébrités… autant de sujets traités par l’Agence France-Presse et dont le département des Estampes et de la photographie conserve les témoignages reçus tout au long de ces soixante années de production.
 

 
  Ces tirages de presse, d’abord noir et blanc puis couleur à partir de 1996, ont, au fur et à mesure de leurs entrées dans les collections, été classés en fonction de leur thématique, c’est à dire selon la logique documentaire en vigueur à l’époque de leurs premières entrées dans les collections, logique poursuivie ensuite dans un souci de cohérence de traitement des fonds. Pour la plupart donc, les photographies de l’Agence France-Presse se trouvent classées chronologiquement dans la série relative à l’histoire de France ou des différents pays, d’autres sont conservées dans les séries documentaires concernant les portraits, le sport, l’armée, les animaux, la botanique, etc.
Par ailleurs, près de 10 000 photographies de l'agence France-Presse ont fait l’objet d’une campagne de numérisation par le département Audiovisuel de la bibliothèque, afin de donner un accès facile au plus grand nombre, via le catalogue, à une sélection d’images représentatives de l’histoire internationale du XXe siècle. Sont ainsi portées à la connaissance d’un large public les images produites et diffusées par l’Agence France-Presse, mais aussi par son ancêtre l’agence Havas, des accords de Matignon en 1936 à ceux d’Evian en 1962, de la libération de Paris aux procès de Nuremberg, de l’affaire du Watergate à la campagne électorale de Bill Clinton, en passant par de nombreux portraits des acteurs de l’histoire du siècle et diverses représentations de faits et mouvements sociaux marquants.
 

Depuis 1999, la production et la diffusion des images de l’Agence France-Presse se fait entièrement en mode numérique. Ceci a inauguré pour la Bibliothèque nationale de France une nouvelle étape de questionnement sur les modalités de conservation et de communication de ces images d’actualité. Le dépôt des tirages sous forme papier s’est d’abord réduit à une dizaine de photographies (les meilleures de chaque mois) puis arrêté en mai 2002. Des accords devraient être passés entre l’Agence et la Bibliothèque nationale de France afin d’établir un nouveau mode de suivi, de stockage et de consultation de ces données devenues virtuelles, en assurant aux lecteurs de la bibliothèque un accès en ligne à la base des images archivées de l’Agence France-Presse.