L'échiquier
Le Livre des échecs amoureux
Evrart de Conty. Peint par le Maître d'Antoine Rolin, Flandre, XVe siècle.
Manuscrit sur parchemin
BNF, Manuscrits (Fr. 9197 fol. 437)
© Bibliothèque nationale de France
Aux quatre coins de l’échiquier, des rubis entourés de perles sont un mauvais présage. Ils annoncent le mat en l’angle qui menace l’amant. En effet, la Dame avec laquelle la jeune fille fera mat est taillée dans un rubis semblable à une escarboucle.
Il manque quatre pièces sur la deuxième rangée du diagramme de l’enluminure. Sans doute est-ce une omission volontaire. On peut en effet difficilement imaginer qu’Antoine Rolin, le richissime héritier du puissant chancelier Nicolas Rolin, se soit fait délivrer un manuscrit entaché d’une si grossière erreur. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que les lettres rouges, celles qui servent à nommer les cases, ont été écrites de manière à prendre toute la place sur ces cases. Ainsi on ne peut pas rajouter le nom des pièces. Tout ceci incline à penser que le retrait des figures de la deuxième rangée est volontaire. Peut-être les pièces ont-elles été retirées afin de dissimuler la partie d’échecs, c’est-à-dire pour que l’on ne découvre que difficilement le Roman de la rose dans la partie d’échecs. Quoiqu’il en soit, c’est la dynamique de la partie d’échecs qui fait apparaître les pièces « manquantes » sur l’enluminure, lorsqu’elles sont nommées au fur et à mesure du déroulement du jeu. Ainsi, le joueur comprend alors que la position des pièces, au moment du premier trait de la demoiselle, était symétrique. Il y avait donc comme un miroir, le miroir périlleux de la fontaine de Narcisse. Et c’est comme si c’était la partie d’échecs qui faisait « fonctionner » l’enluminure.
Dans le Roman de la rose, une inscription gravée dans la pierre, sur le bord supérieur de la fontaine, indiquait qu’ici était mort le beau Narcisse. À la place de l’inscription, comme s’il avait craint de suivre le sort du beau jeune homme, Antoine Rolin a fait apposer, dans la marge supérieure, son écu parti de celui de Marie d’Ailly, sa femme. Comme par hasard, le champ de l’écu d’Ailly a la couleur de la rose et son chef échiqueté représente les cases mêmes où l’amant a été fait mat ! nul doute que les propriétaires du manuscrit s’identifiaient aux amants du Roman de la rose. Antoine mourut environ un ou deux ans après la confection de son livre et Marie le suivit dans la tombe quelques mois plus tard.
 
 

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