Arthur

Le Siège périlleux

Le Roman de Merlin
La Table ronde comporte un siège vide réservé à celui qui accomplira la quête du Graal : c'est le "Siège périlleux", appelé ainsi car quiconque qui voudrait s'y asseoir sans en être digne risque d'être englouti sous terre ou brûlé vif. Pour autant, le siège suscite bien des convoitises...
   
Après le service, ils se rendirent là où se trouvait la Table ronde. Le roi invita les compagnons à s’asseoir et, lorsque ce fut fait, le treizième siège resta vide. Perceval demanda au roi ce que signifiait ce siège vide.
– Mon ami, répondit le roi, la signification de ce siège vide est très importante : c’est là que doit prendre place le meilleur chevalier du monde.
Perceval pensa alors en lui-même qu’il s’y assiérait.
– Sire, dit-il au roi, accordez-moi en don de m’y asseoir.
Le roi lui répondit qu’il n’en était pas question : cela pourrait lui être fatal car, jadis, un faux disciple s’était assis sur ce siège et tout aussitôt il avait été englouti par la terre.
– Et même si je vous en donnais la permission, ajouta-t-il, vous ne devez pas vous y asseoir.
Ces paroles irritèrent Perceval qui lui répondit :
– Sire, au nom de Dieu, si vous ne m’autorisez pas à m’y asseoir, je vous assure que je ne ferai plus partie de votre maison.
Cette réplique peina beaucoup Gauvain qui aimait profondément Perceval.
– Sire, dit-il au roi, donnez-lui votre permission.
Lancelot à son tour en pria le roi, suivi par les douze pairs, et leur demande fut si insistante que le roi, non sans réticence, céda et dit à Perceval :
– Je vous accorde ce don.
Quand Perceval l’entendit, il en fut très heureux. Il s’avança, se signa au nom du Saint-Esprit et s’assit sur le siège. Or, dès qu’il eut pris place, la terre sous lui se fendit et cria si douloureusement que tous ceux qui se trouvaient là eurent l’impression que le monde s’engouffrait dans l’abîme. Au cri de la terre jaillirent des ténèbres si épaisses qu’on ne pouvait plus se voir sur plus d’une lieue. Ils entendirent ensuite une voix qui dit :
– Roi Arthur, tu as commis la plus grave faute qu’ait jamais commise roi de Bretagne car tu as transgressé les ordres de Merlin. Quant à Perceval, sache-le, il a accompli l’acte le plus audacieux qui ait jamais été fait mais qui le précipitera, lui et ses compagnons de la Table ronde, dans les plus grands tourments du monde.
Roman de Merlin , attribué à Robert de Boron,
traduit de l’ancien français par Emmanuèle Baumgartner,
in La Légende arthurienne, Robert Laffont, coll. "Bouquins", 1989.
« Merlin et Arthur : le Graal et le Royaume », chap. 1, p. 359