Arthur

Lumière sur les amours de la reine

La Mort du roi Arthur
Perdu dans la forêt au retour du tournoi de Tanebor, le roi Arthur trouve refuge pour la nuit dans le palais merveilleux de sa soeur Morgane. Il découvre alors les peintures réalisées par Lancelot au cours de sa captivité chez elle.
   


      
Ce jour-là il faisait très beau ; le soleil s’était levé dans tout son éclat et ses rayons inondaient la chambre de toutes parts, si bien qu’elle en recevait une clarté accrue. Le frère et la sœur se trouvaient seuls, prenant grand plaisir à cette conversation intime. Quand ils se furent informés à loisir l’un de l’autre, il arriva que le roi se mit à observer autour de lui, et qu’il remarqua les images peintes exécutées par Lancelot pendant le temps où il était resté là prisonnier. Le roi Arthur était assez instruit pour pouvoir saisir à peu près le sens d’un écrit. Quand il eut vu les lettres tracées sur les peintures, qui en donnaient la signification, il entreprit de les déchiffrer ; il ne tarda pas à percevoir clairement que cette chambre était décorée des hauts faits de Lancelot et des prouesses qu’il avait accomplies alors qu’il était jeune chevalier. Il n’y vit aucun fait dont il ne pût reconnaître la vérité, d’après les nouvelles de ses exploits que, sitôt ces derniers réalisés, on lui rapportait régulièrement à la cour.
Ainsi le roi commença à prendre connaissance des actions de lancelot à travers les représentations qu’il en voyait. Devant les images qui contaient la rencontre dont Galehaut s’était fait l’intermédiaire, il fut stupéfait, et l’inquiétude le gagna ; il les considéra de plus près, et se dit à voix basse : « Par ma foi, si cette légende dit vrai, Lancelot m’a donc déshonoré avec la reine, car je vois à l’évidence qu’il a eu des rapports avec elle ; si cet écrit témoigne des faits tels qu’ils ont eu lieu, c’est la chose qui me causera le plus grand chagrin de ma vie, car Lancelot ne pouvait m’outrager davantage qu’en me couvrant de honte avec ma femme. »
La Mort du roi Arthur,
traduction et présentation de Marie-Louise Ollier,
UGE 10/18, coll. « Bibliothèque médiévale », 1992,
pp. 99-100.