Arthur

Le Pont de l'épée

Lancelot du Lac
Pour parvenir au château où Méléagant retient captive la reine Guenièvre, Lancelot doit affronter l'épreuve du Pont de l'épée : c'est une épée acérée traversant une eau menaçante...
   


      
Quand ses compagnons l'eurent solidement équipé, Lancelot leur demanda de partir, ils le quittèrent donc et traversèrent la rivière en emportant son cheval. Lancelot alla droit à la lame, regarda vers la tour où la reine était emprisonnée et s'inclina vers elle. Après, il se signa, et mit son écu derrière son dos pour qu'il ne le gêne pas. Il monta alors à califourchon sur la lame, avec tout son équipement, car il ne lui manquait ni haubert, ni épée, ni chausses, ni heaume. Ceux qui l'observaient de la tour en étaient tout ébahis. Et aucun vraiment ne savait qui il était mais il virent bien qu'il se traînait sur l'épée tranchante à la force des ses bras et en la serrant de ses genoux. Les fils de fer ne manquèrent pas de faire jaillir le sang de ses pieds, mains et genoux, mais il ne s'arrêta ni pour le péril de l'épée sur laquelle il se traînait, ni pour le danger que constituait l'eau mugissante et sombre. En effet, il regardait plus vers la tour que vers l'eau et il ne se souciait ni de ses blessures ni de ses douleurs, car s'il pouvait atteindre la tour, il guérirait de tous ses maux.
Roman de Lancelot
traduction par Irène Fabry, ms. Fr. 115 f. 367v