L'aventure la plus extraordinaire qui peut tenter les chevaliers est celle du "Siège Périlleux" et une hiérarchie se fait jour entre eux lorsqu'il s'agit d'occuper cette place de la Table ronde, laissée traditionnellement vide. Ce motif n'apparaît pas chez Chrétien de Troyes ; il a été inséré dans certains romans du XIIIe siècle. Une prophétie de Merlin annonce, en effet, que cette place est réservée à celui qui mettra fin aux aventures extraordinaires du royaume de Logres (c'est-à-dire du royaume d'Arthur). Ce siège suscite la convoitise de chacun, en particulier de Perceval qui, ayant obtenu du roi la permission de s'y asseoir, provoque par son geste un bouleversement des éléments : la terre "se fendit sous lui" et le ciel se couvre de ténèbres. Une voix venue du ciel explique ensuite comment un autre que Perceval est attendu pour occuper cette place exceptionnelle et l'épreuve du "Siège Périlleux " est alors liée étroitement à l'existence du Roi-Pêcheur, de son infirmité et à la présence du Graal.
Quand ce chevalier se sera élevé sur tous les autres, alors Dieu le conduira à la demeure du riche Roi-Pêcheur. Et lorsqu'il aura demandé ce que l'on a fait du Graal, alors le Roi-Pêcheur guérira, la pierre, au siège de la Table ronde, sera ressoudée...
Robert de Boron, Perceval en prose, début du XIIIe siècle

En dehors du "Siège Périlleux", une autre épreuve qualifiante révèle la valeur du héros, qui consiste à arracher une épée d'une pierre où elle est fichée. Ainsi, au début de la Quête du Saint Graal, les chevaliers et le roi assistent à un prodige : un bloc de marbre rouge flotte sur l'eau au pied du château et une épée, très belle, y est enfoncée. Sur le pommeau, est gravée une inscription en lettres d'or : "Jamais personne ne pourra m'enlever d'ici sinon celui qui doit me prendre à son côté. Et ce sera le meilleur chevalier du monde."
Arthur propose l'épée à Lancelot qui est à ses yeux le plus grand de ses chevaliers, mais Lancelot refuse, certain de son échec. Le roi demande ensuite à Gauvain de s'essayer à l'épreuve, mais celui-ci échoue. Seul Galaad réussit sans effort.
Fils de Lancelot et de la fille du Roi Pellès, le jeune Galaad arrive à la cour d'Arthur, en l'an 454, le jour de la Pentecôte. Conduit par un vieillard vêtu de blanc, le jeune homme en cotte de soie vermeille s'asseoit sur le "Siège Périlleux", sur lequel se lit déjà une inscription : "Ceci est le siège de Galaad !"
C'est alors que le Graal apparaît dans une lumière éblouissante et au milieu des odeurs les plus suaves ; recouvert d'une étoffe de soie blanche, le Saint-Vase, passant et repassant devant les chevaliers privés de parole, les rassasie des mets qu'ils désirent.

Cette aventure merveilleuse fait que Gauvain, puis Lancelot, et son fils Galaad, bientôt imités par cent cinquante compagnons de la Table ronde, prêtent le serment d'entreprendre "la Quête du Saint-Graal". Il y a là dans les textes arthuriens un moment superbe où les chevaliers de la Table ronde décident de renoncer aux choses terrestres, à la vaine gloire, aux plaisirs mondains et à l'amour humain pour chercher à rencontrer les mystères de Notre-Seigneur.
La fusion de deux motifs mythiques, celui de l'institution de la Table ronde et celui de la Quête du Graal, est ainsi réalisée dans ces romans du XIIIe siècle. Le personnage de Galaad, pur et parfait allie en lui la chevalerie "terrienne" et la "célestielle" : non seulement il doit être capable de prouesses et de sagesse, mais aussi posséder au plus haut degré toutes les vertus et ne penser qu'à son salut : les chevaliers deviennent dans cette perspective les successeurs des apôtres envoyés dans toutes les régions de l'Occident.
Galaad, après avoir contemplé à Sarras, la Jérusalem céleste, les secrets du Saint Graal, rend son âme à Dieu. Lui disparu, le "Siège Périlleux" de la Table ronde reste à jamais vide, car nul ne peut le remplacer. Quant aux chevaliers, partis se consacrer à la Quête du Graal, beaucoup d'entre eux périssent et Gauvain demande au roi Arthur d'en choisir soixante-douze nouveaux pour compléter la Table ronde ; mais celle-ci ne retrouvera jamais plus sa grandeur d'antan.
Le roman de La Mort le Roi Artu (XIIIe siècle) présente l'écroulement du monde arthurien en un final tragique : non seulement le roi Arthur est tué dans un combat qui l'oppose à son neveu Mordred, mais sa cour et sa chevalerie sont condamnées également. Les héros de la Table ronde disparaissent ou meurent, ou bien encore, après avoir goûté aux révélations du Graal, ils ne savent pas résister au péché, comme Lancelot qui retombe dans son amour pour Guenièvre.
La Mort le Roi Artu illustre le danger des passions auxquelles les chevaliers, trop prisonniers du monde matériel, ne peuvent renoncer, pour se consacrer comme Galaad à la perfection spirituelle. La Table ronde disparaît en même temps que meurt le royaume d'Arthur dans le sang, le désordre et les guerres.
