Arthur

Galaad, une figure christique
Danielle Quéruel


Le personnage de Galaad apparaît à la fin du Lancelot en prose, inventé par les clercs du XIIIe siècle pour répondre à l’attente engendrée par la Quête du Graal. La chevalerie arthurienne est en effet dans une impasse : méritante, mais trop mondaine, chrétienne, mais incapable d’échapper au péché. Ni Gauvain, ni Perceval – héros du Conte du Graal de Chrétien de Troyes et des Continuations écrites au XIIIe siècle – qui ont tenté à plusieurs reprises de se présenter au Château du Graal n’ont réussi malgré leurs efforts à atteindre la perfection chevaleresque et spirituelle nécessaire pour réussir la Quête du Graal. Il convenait donc de créer un héros dont la mission était d’achever cet accomplissement spirituel de la chevalerie.
Les liens de Galaad avec la cour arthurienne sont réels. Son père est Lancelot qui passe pour être le meilleur chevalier du monde, mais qui ne peut accomplir l’aventure du Graal à cause de son amour pour la reine. Sa mère est la fille du seigneur de Corbénic, autre nom du Roi Pêcheur, maître du château où se manifeste le cortège du Graal. Lancelot, dupé par la suivante de la fille de ce roi, absorbe un philtre et croit passer une nuit avec Guenièvre alors qu’il s’unit à celle qui donnera naissance à Galaad. L’enfant, élevé dans une abbaye de la forêt de Camaalot, y reste jusqu’à l’âge de quinze ans jusqu’au moment où un ermite lui annonce qu’il doit devenir chevalier et se rendre à la cour du roi Arthur. La Quête du Saint Graal, roman en prose composé vers 1215-1230, s’ouvre sur l’adoubement de Galaad par son père, puis sur son arrivée à la cour d’Arthur, réunie à Camaalot le jour de la Pentecôte. Vêtu d’une armure vermeille, il est accompagné d’un vieillard qui le présente comme le Chevalier Désiré "grâce à qui prendront fin les merveilles du pays et des terres étrangères". Il s’assied sur le Siège Périlleux, puis réussit à retirer une épée fichée dans un bloc de pierre ce qui révèle à tous qu’il est le "meilleur chevalier du monde" destiné à mettre fin aux aventures du Graal.

En quête du Graal

Galaad part avec 149 autres compagnons, chevaliers de la Table ronde, pour la Quête du Graal. Tous sont rapidement éliminés car ils refusent "daender leur vie". Galaad est l’un des trois chevaliers avec Perceval et Bohort qui parviennent le plus loin dans cette quête : les aventures qui se présentent à lui sont autant de signes démontrant qu’il combat pour Dieu. Ainsi il peut avec ses compagnons contempler la coupe qui a contenu le sang du Christ, recevoir la communion de la main même du Christ en personne. Galaad guérit le Roi Mehaignié en touchant ses plaies avec le sang tombant goutte à goutte de la lance sacrée.
Galaad est le seul à pouvoir achever l’aventure : vierge et totalement abstinent, il incarne la pureté et l’humilité prônées par l’Eglise. Il se rend à Sarras sur les ordres de Dieu et séjourne dans cette cité, nouvelle Jérusalem céleste, où se multiplient miracles et merveilles. Après avoir régné un an comme roi de Corbénic, il peut enfin contempler à l’intérieur du Saint Vase "les mystères célestes" et meurt, heureux de passer " de cette vie terrestre à la vie céleste". Emporté par les anges, il monte aux Cieux en pleine contemplation du mystère divin et le Graal est lui aussi emporté au ciel. En lui s’incarne enfin la rédemption de la chevalerie, alors que le monde arthurien s’écroule à cause de la déchéance morale et religieuse de la chevalerie de Bretagne.


haut de page