Arthur

Le Conte du Graal
Danielle Quéruel

C'est avec Chrétien de Troyes, dans son dernier roman Perceval ou le Conte du Graal écrit vers 1180 et resté inachevé, que se développent l'aventure littéraire du Graal et son résonnement imaginaire. A l'origine plat ou écuelle, le graal devient chez Chrétien une splendide pièce d'orfèvrerie, faite pour le service d'une table royale, dont la nature merveilleuse demeure mystérieuse. Le cortège qui passe devant les yeux de Perceval doit être perçu tout d'abord comme un magnifique service de table : des jeunes gens amènent en procession une lance au bout de laquelle perlent des gouttes de sang, des candélabres d'or, un graal orné de pierres précieuses et un tailloir en argent puis une table d'ivoire, avant de servir un sublime festin. A cause de son péché, Perceval manque de demander la signification de la Lance et du Graal. Plus tard, l'ermite lui expliquera que le Graal est une "très sainte chose", dans laquelle est servie une hostie qui maintient en vie le Roi-Pêcheur.

Chrétien de Troyes n'a pas inventé cet objet, ni la scène du cortège. II faut vraisemblablement penser à l'un des récipients merveilleux qui apparaissent souvent dans les récits celtiques anciens : vases et plats y produisent en abondance une nourriture ou une boisson inépuisables, dans des festins de l'Autre Monde (coupe merveilleuse associée à l'idée de souveraineté, corbeille aux mets toujours renouvelés, corne à boire dont le breuvage donne jeunesse et joie ou enfin chaudron d'abondance, générateur de sagesse).
Mais le romancier champenois introduit une première christianisation de ces thèmes en suggérant que le Graal pouvait contenir une hostie ; celui-ci devient alors un saint vase, orné de pierres précieuses. C'est une sorte de viatique, tenu par une jeune fille, qui passe plusieurs fois.
Ainsi, en combinant des données païennes, issues essentiellement de la mythologie celtique, à des éléments chrétiens, Chrétien de Troyes a donné au Graal un caractère magique, merveilleux et mystique.
 

Les continuations du Conte du Graal

Chrétien de Troyes a laissé les aventures du Conte du Graal inachevées.
Quatre Continuations, rédigées par Wauchier de Denain, Manessier et Gerbert de Montreuil entre la fin du XIIe siècle et les années 1230, ont donc essayé de les mener à leur terme. Elles essayent d’élucider les mystères laissés en suspens par Chrétien (la lance qui saigne, l’épée brisée, le roi blessé), en développant le caractère chrétien et miraculeux du Graal, et en transformant les aventures chevaleresques en quête mystique. Ces romans qui succèdent à l'œuvre du maître, mettant en scène les personnages de Perceval et de Gauvain, semblent témoigner d'un effort sans cesse renouvelé pour clore le roman tout en suggérant l'impossibilité de l'achever.

Le Roman de l'Histoire du Graal

Au tournant du XIIe et du XIIIe siècle, le Roman de l'Estoire dou Graal en vers puis le Joseph d'Arimathie et l'Estoire del Saint Graal en prose vont plus loin dans la christianisation du graal. Robert de Boron identifie pour la première fois avec le calice dans lequel Joseph d’Arimathie aurait recueilli le sang du Christ sur la Croix.
Plusieurs éléments sont alors assimilés dans le Graal : l'écuelle où Jésus mangea avec les Apôtres lors de la Cène, le récipient où fut recueilli son sang sur la croix par Joseph d'Arimathie, le calice de la messe ainsi que le ciboire qui sert à porter l'hostie.
D'autres œuvres en prose proposent leur version de la quête du Graal : dans le Perceval en prose qui clôt la trilogie attribuée à Robert de Boron, le héros éponyme est l'élu du graal, tandis que dans le Haut livre du Graal, c'est Perlesvaus qui occupe cette fonction.
Chez Robert de Boron, le Graal émet un rayonnement divin, une lumière due à la présence mystique du Christ. Avec le mythe du Graal apparaît donc l'espoir de la rédemption et la croyance que le monde pourra être libéré du mal. La quête du Graal devient la quête de la vérité ultime, de la Connaissance, pour un monde qui va vers son achèvement.

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