Arthur

Le cycle du Graal
Irène Fabry

Composé en prose française dans les années 1220-1230, un immense cycle du Graal – appelé "Lancelot-Graal", "Lancelot en prose", ou "Grand Saint-Graal" – compile toutes les légendes arthuriennes dans une perspective chrétienne. Cette Vulgate constitue la forme la plus répandue de la légende arthurienne, comme l'atteste sa riche transmission manuscrite. Elle est constituée de cinq romans : l'Histoire du Saint Graal, le Merlin en prose, le Lancelot en prose, la Quête du Saint Graal et la Mort du roi Arthur, qui jouent un rôle décisif dans la diffusion de la légende du Graal et sa mise en forme. L'ensemble donne ainsi un tableau extensif et chronologique de l'histoire du Graal et de sa translation d'Orient en Occident, depuis les temps christiques jusqu'à la fin du royaume arthurien, en particulier dans l'Histoire, qui raconte les origines du Graal, et dans la Quête qui raconte les aventures des chevaliers arthuriens partis à la recherche de cet objet saint.

L'Histoire du Saint-Graal

Le prologue de l'Histoire s'efforce de sacraliser sa matière et se sert du Graal pour détourner à son profit l'autorité du texte biblique. L'Histoire transforme le Graal en relique christique sacrée et vénérée mise sur le même plan que les instruments de la passion qui sont l'objet d'une dévotion particulière au Moyen Âge. La définition du Graal et sa caractérisation se font de manière progressive au cours du roman. Le "graal" n'est d'abord mentionné que comme la sainte "écuelle" jusqu'à la conversion des premiers Sarrasins. Il est alors désigné comme un "vase" (vaissel), avant de prendre définitivement le nom de "graal". Petit à petit, on ne représente plus le Graal comme une écuelle ou un plat, mais comme une coupe ou un ciboire. Le Graal est une relique dotée d'un double caractère sacré puisque le Christ y a pris son dernier repas et que Joseph d'Arimathie l'utilise comme réceptacle du Précieux Sang. Il est en outre conservé dans une arche sainte dotée de propriétés merveilleuses et interdite d'accès au commun des mortels, qui n'est pas sans rappeler l'arche d'alliance conservant les Tables de la Loi données à Moise et au peuple d'Israël dans le désert. Derrière le service sacré du Graal se lit le rituel eucharistique avec une insistance sur la distinction entre les hommes justes, purs, élus par Dieu, dignes d'y accéder, et les pécheurs qui en sont écartés.

La Quête du Graal

Dans la Quête du Saint Graal, récit allégorique et mystique où se font sentir l'influence cléricale et l'esprit cistercien, les aventures "célestielles" s'opposent aux entreprises terriennes et la figure de Galaad prend le pas sur celle de Lancelot. C'est à partir de la mise en série des différentes tables du Graal que se développent les aventures arthuriennes. À la Cène où le Christ a pris son dernier repas en compagnie de ses apôtres, préfiguration de son sacrifice eucharistique, a succédé du temps de Joseph d'Arimathie le service du Graal. Dans la Quête, c'est l'assemblée des chevaliers de la Table ronde qui est honorée du passage du Graal à travers une célébration merveilleuse. Cette épiphanie suscite le départ des chevaliers arthuriens en quête du Graal, conservé au château de Corbénic par la lignée des rois du Graal. Toutes les aventures inachevées mises en place dans l'Histoire du Saint Graal vont alors connaître leur résolution grâce à la venue du chevalier élu, Galaad le pur, le fils de Lancelot et de la fille du roi Pellès. La perte du Graal et son retour en Orient dans la ville de Sarras résultent de la corruption des habitants de Grande-Bretagne et correspondent à la fin des aventures merveilleuses associées à cet objet. Après la mort de Galaad, le dernier roman du cycle s'achemine ainsi inéluctablement vers la mort du roi Arthur, la disparition de ses chevaliers, et la destruction de son royaume.

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