Arthur

Gauvain, le modèle de courtoisie
Danielle Quéruel

En face de ces personnages profondément attirés par l’amour, capables de fidélité, apparaît un personnage qui, sans jamais avoir le premier rôle dans les romans de Chrétien de Troyes, incarne une autre position en face de l’amour. Gauvain, le neveu du roi Arthur, est parmi tous les chevaliers arthuriens celui qui incarne non seulement la prouesse, mais la mondanité, l’amabilité, la joie. Qualifié de "soleil de la chevalerie" ou de "fleur de la chevalerie", il met volontiers ses qualités au service de ceux qui souffrent ou ont besoin d’aide. Dans aucun texte il ne rencontre de jeune fille qui lui inspire un amour assez profond pour l’épouser ou se consacrer à elle, mais ne reste pas insensible au charme de certaines demoiselles qui croisent son chemin. Beau et séduisant, il plaît et n’hésite pas à échanger des propos charmants avec les jeunes filles et à proposer d’être leur champion. C’est ainsi qu’il offre à Lunete, la suivante de Laudine, de la servir :

Ma demoiselle, je vous fais don, en ma personne d’un chevalier dont vous pourrez disposer à loisir… Je suis vôtre ; quant à vous, soyez, dorénavant, ma demoiselle. (Le Chevalier au Lion, vv. 2435-41)

Dans le Conte du Graal, il parle d’amour avec la sœur du roi d’Escavalon qui répond à ses avances. Un épisode souligne cette disponibilité de Gauvain. Alors que se prépare un tournoi, la fille cadette du seigneur Thiébaut, appelée ici la Jeune Fille aux Manches Étroites, demande à Gauvain d’être son champion et de lutter contre l’ami de sa sœur aînée, Méliant de Lis. Emportée par sa jalousie à l’égard de sa sœur qui a déjà un ami alors qu’elle-même est trop jeune pour aimer et être aimée, elle obtient de Gauvain qu’il porte en gage d’amour lors du combat une manche qui lui appartient, ce que le chevalier accepte en souriant en dépit du très jeune âge de la petite fille. Que ce soit pour plaisanter comme dans cet épisode ou pour porter secours aux jeunes filles en difficulté que Gauvain rencontre sur son chemin, le chevalier est le modèle de la courtoisie et du dévouement aux autres. Cet aspect du personnage sera repris abondamment dans la littérature du XIIIe siècle où Gauvain demeure avant tout un séducteur, incapable de s’attacher à une seule femme.

Gauvain dans les romans arthuriens du XIIIe siècle

Gauvain apparaît aussi bien dans des romans autonomes en vers que dans les continuations en prose. Sa réputation de séducteur demeure et ses aventures amoureuses se multiplient. Dans la Première Continuation de Perceval, le neveu du roi Arthur rencontre la Demoiselle du Lis qui sans jamais l’avoir vu a entendu vanter Gauvain et en est amoureuse. Lorsqu’il se fat reconnaître d’elle, elle le couvre de baisers et s’offre à lui. Dans La Mort le roi Artu, la dame de Beloé lorsqu’elle apprend la mort de Gauvain s’évanouit de douleur et déclare qu’elle n’a jamais aimé un autre homme que lui. Son mari, irrité par ce chagrin, tire son épée et tue son épouse penchée sur le corps de Gauvain. Le corps de la dame est conduit jusqu’à la cathédrale de Camaalot où Gauvain doit être enterré. Le souvenir des textes médiévaux tels que Pyrame et Thisbé ou le Roman de Tristan est là pour dire que l’on ne peut survivre à celui que l’on aime et tisse des liens entre l’amour et la mort.
Gauvain est selon ces récits "le chevalier le plus aimé du monde", mais d’autres textes le présentent sous un jour moins favorable. Par exemple dans Le chevalier à l’épée, le personnage de Gauvain est dévalorisé et sa réputation de séducteur mise à mal : il y est présenté comme un personnage futile, qui ne se préoccupe que de son apparence et de l’élégance de ses vêtements. Reçu dans un château, Gauvain épouse la fille de son hôte. Celle-ci enlevée par un autre chevalier préfère partir avec son ravisseur alors que ses chiens, plus fidèles qu’elle, restent auprès de Gauvain. Tantôt ridiculisé, tantôt admiré, le chevalier conserve un rapport privilégié avec les femmes.

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