Lancelot-Graal (Estoire, Merlin, Suite Vulgate)
Arthur triomphant de l'épreuve de l'épée
Thérouanne, vers 1290-1300
Parchemin, III + 394 + 3 f. (2 col. de 40 lignes), 470 x 330 mm
Provenance : bibliothèque des ducs de Milan, à Pavie ; rapporté à Blois par Louis XII
BnF, Manuscrits, français 95 (f. 159 v°)

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© Bibliothèque nationale de France
Ce manuscrit, reconnu depuis longtemps comme le plus somptueux roman arthurien du XIIIe siècle, transmet la version longue du Lancelot-Graal et offre un nombre exceptionnel d'illustrations, réalisées par deux peintres. Le décor mineur s'étale sur chaque page, sous la forme d'initiales champies accompagnées de bordures dessinées en rouge et bleu à cinq feuilles et à motifs végétaux, sans parler des initiales historiées et des miniatures, dont la plupart, disposées sur deux registres, permettent de montrer une suite d'événements dans une seule image. Des antennes souples à terminaisons en forme d'hybrides ou d'animaux supportent de petits personnages, des animaux, des oiseaux et des hybrides qui complètent les scènes principales ou en présentent le contresens. L'emploi d'antennes contenant des motifs secondaires est insolite dans les manuscrits du Lancelot-Graal, où ce type de décor est normalement limité aux frontispices. Cette miniature est la dernière illustration de la branche de Merlin. Elle représente le moment du triomphe d'Arthur, seul capable de retirer l'épée de l'enclume. Il se montre ainsi digne de succéder à Uterpendragon comme roi de Bretagne. La partie supérieure de la miniature le montre retirant l'épée (pour la deuxième fois) devant l'évêque, le clergé et le peuple ; dans la partie inférieure, il la place sur l'autel à côté d'un calice à moitié voilé, pendant qu'il est couronné et béni par l'évêque. L'illustration met l'accent à la fois sur la prouesse d'Arthur et sa légitimité en tant que roi chrétien accueilli par l'Église en présence des barons. Sur les terminaisons des antennes, deux grues tiennent des cruches et boivent dans des bols alors qu'en bas quatre dragons mordent les antennes. Peut-on y voir l'anticipation de la Quête du Saint Graal et de la chute du royaume d'Arthur, ou s'agit-il simplement de motifs pris dans le répertoire décoratif des peintres ? Les écus de la famille du comte de Flandre, discrètement distribués dans les marges de ce manuscrit, laissent entrevoir le mécénat d'un membre de la famille comtale ou de son entourage.
 
 

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