Lancelot-Graal
Lancelot dans la charrette d'infamie
Parchemin, [4]-166-[3] f., 515 x 350 mm (reliure)
Provenance : vendu à Jean, duc de Berry, en 1405 ; Jacques V d'Armagnac ; présent à la Bibliothèque du roi sous François Ier siècle
BnF, Manuscrits, français 119 [série français 117-120] (f. 312 v°)
© Bibliothèque nationale de France
Ce manuscrit, troisième volume d'une série formant un cycle complet du Lancelot-Graal, a appartenu au duc Jean de Berry, qui, d'après l'inventaire dressé par Robinet d'Étampes, l'acheta en janvier 1405 à "maistre Regnault du Montet, demeurant à Paris, la somme de 300 escus d'or". Le manuscrit a été enluminé initialement par le Maître des Cleres femmes. Lorsqu'il eut hérité le manuscrit, le duc de Nemours, Jacques V d'Armagnac, fit repeindre une partie des enluminures dans un style plus actuel. L'enluminure représentant Lancelot dans la charrette d'infamie appartient au premier style, contemporain de Jean de Berry. L'épisode provient directement du Lancelot en vers de Chrétien de Troyes, auquel il a donné son titre de "Chevalier de la Charrette". La partie correspondante, dans les manuscrits du Lancelot en prose, est souvent appelée "Conte de la charrette". Le jour de l'Ascension, le cruel chevalier Méléagant, fils du roi de Gorre Baudemagu, vient défier le roi Arthur à Camelot : il exige qu'on lui livre la reine Guenièvre en échange des sujets d'Arthur qu'il retient en captivité. En l'absence de Lancelot, qui a quitté la cour en secret, c'est le sénéchal Keu qui relève le défi, mais il est vaincu. Lancelot arrive à temps pour combattre à son tour, mais son cheval est tué par les ravisseurs, qui s'enfuient avec Guenièvre. Alors qu'il tente de les suivre à pied, Lancelot croise une charrette conduite par un nain. Celui-ci propose à Lancelot d'y monter, pour le conduire auprès de la reine. Mais, à l'époque, un chevalier ne peut s'asseoir dans une charrette, sous peine de perdre son honneur et sa dignité. Après avoir hésité le temps de deux pas, Lancelot saute dans la charrette de la honte car c'est le seul moyen de retrouver celle qu'il aime. Gauvain (reconnaissable ici à ses armoiries de gueules à l'aigle bicéphale d'or), qui est arrivé entre-temps avec un cheval de secours, le conjure en vain de descendre. Commence alors un voyage éprouvant, sous les insultes et les jets de boue. Lancelot parviendra à délivrer Guenièvre au terme de longues aventures, où il devra affronter adversaires et "merveilles". Chez Chrétien de Troyes, Guenièvre reprochera amèrement à Lancelot d'avoir hésité le temps de deux pas avant de monter dans la charrette. Dans le Lancelot en prose, la jalousie de la reine a un autre motif : Lancelot a quitté la cour sans lui en demander l'autorisation.
 
 

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