Geoffroy de Monmouth, Historia regum Britannie
Le premier portrait du roi Arthur
France, Normandie, abbaye du Mont-Saint-Michel, milieu du XIIe siècle
Parchemin, 132 f., 250 x 190 mm
Provenance : Claude Dupuy
BnF, Manuscrits, latin 8501 A (f. 108 v°)
© Bibliothèque nationale de France
Dans les années 1137/1138, alors qu'il réside à Oxford, le clerc anglais Geoffroy de Monmouth rédige en latin l'Histoire des rois de Bretagne, qu'il dédie successivement à Robert comte de Gloucester, fils naturel du roi Henri Ier siècle, à Étienne Ier siècle, roi d'Angleterre, et à Waleran de Meulan. Cette chronique remplie de faits d'armes, d'invasions, de massacres, de trahisons, où Saxons, Pictes et Romains disputent le territoire aux Bretons, est aussi une histoire merveilleuse où se lisent pour la première fois la légende du roi Lear, les prodiges de Merlin, les fastes de la cour du roi Arthur. L'œuvre a rencontré un succès considérable (plus de deux cents manuscrits conservés). Elle a inspiré Chrétien de Troyes et connu plusieurs traductions, dont le Roman de Brut de Wace. Les Prophéties de Merlin inscrites au cœur du récit ont connu une fortune particulière. Le très beau dessin à la plume découvert par François Avril, et jusqu'à présent totalement inédit, est assurément l'une des plus anciennes représentations du roi Arthur. Sa position en marge du chapitre consacré à la succession du roi Uterpendragon et à l'élection d'Arthur ne laisse aucun doute sur l'identité du personnage. Le dessin élégamment tracé d'Arthur désignant de l'index le texte qui lui fait face confère à l'image le rôle de repère textuel. Vêtu d'une longue robe aux plis enserrés dans une large bande brodée et d'un manteau agrafé sur l'épaule droite, la tête ceinte d'une haute couronne gemmée à quatre pans surmontée de fleurons, Arthur est représenté comme un personnage royal du temps. Sa stature monumentale, son beau visage aux traits réguliers et sa longue barbe évoquent, non pas le guerrier du manuscrit de Douai, mais un souverain sage et vénérable. La qualité artistique du dessin ne le cède en rien à son intérêt iconographique. François Avril le rapproche, comme les initiales ornées, de l'enluminure telle qu'elle se pratiquait à l'abbaye du Mont-Saint-Michel, dans les premiers temps de l'abbatiat de Robert de Torigny. Sans conclure à une identité de main, on peut proposer une comparaison avec les superbes dessins à la plume qui illustrent le cartulaire du Mont réalisé dans les années 1154 à 1158.
 
 

> partager
 
 
 

 
> copier l'aperçu