Scala mundi
Première représentation réaliste du site de Stonehenge
Angleterre, XVe siècle
Parchemin, 174 f., 385 x 255 mm
Douai, bibliothèque municipale, ms. 803 (f. 55)
- © IRHT et BM de Douai
Une chronologie qui s'étend d'Adam et Ève jusqu'au milieu du XVe siècle occupe le début d'un recueil dont l'auteur serait un Anglais, Nicolas Montaigu, compilateur d'ouvrages réunis sous le titre général de Scala Mundi ou Histoire du monde. La table chronologique prévue jusqu'en 1619 n'est remplie que jusqu'au pape Paul II (1464-1471) et au roi d'Angleterre Édouard IV 1461-1483), mais des éléments d'une autre main vont jusqu'au règne d'Henri VIII (1509). Vient ensuite, notamment, une Compilatio de gestis Britonum et Anglorum d'après Bède. L'image, une minuscule représentation du site de Stonehenge, a été redécouverte lors de l'inventaire des enluminures fait à Douai pour l'IRHT, de 1999 2001, sous la direction de Christian Heck ; selon lui, elle a été réalisée "vers ou peu après 1441". Elle se situe à l'époque du pape Félix III (483-492), de l'empereur Zénon (474-491) et du roi breton Aurelius Ambrosius. Le texte est inspiré de l'Historia regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth, dans laquelle Merlin édifie Stonehenge à la demande d'Aurelius. Quand il se rend au mont Ambrius sur la sépulture de chefs bretons tués par le roi saxon Hengist, Aurelius décide d'y établir un monument à leur gloire et Merlin lui suggère d'utiliser les pierres de la chaussée des Géants, en Irlande, mais, comme les hommes d'Uterpendragon ne peuvent déplacer les mégalithes, c'est Merlin qui grâce à ses sortilèges les transporte près de Salisbury. Par la suite, Aurelius et Uter seront inhumés à Stonehenge. On connaît deux dessins antérieurs de Stonehenge, dans un manuscrit du Roman de Brut écrit vers 1338-1340 (BL, Egerton 3028, f. 30) et dans une Scala mundi réalisée à la même époque (Cambridge, CCC, ms. 194, f. 57). Leurs linteaux et piliers parallélépipédiques, leurs alignements rigoureux à angles droits n'ont qu'un rapport lointain avec la réalité, tandis que l'image de Douai peut être considérée comme la première représentation réaliste du site : le dessinateur a vu Stonehenge ou a copié un bon modèle. Les quatre "trilithons" sont proches de la réalité, mais les tenons, qui traversent ici les linteaux, correspondent en fait aux tenons visibles au sommet des piliers, là où le linteau a disparu. À la différence des autres images qui figurent dans ce manuscrit ("Adam et Ève", "L'arche de Noé", "Le château du pharaon"), le dessin de Stonehenge est inséré dans le texte. Il y occupe donc une place particulière, de "lieu de mémoire", confirmée par la double inscription du nom du lieu.
 
 

> partager
 
 
 

 
> copier l'aperçu