Camden's Britannia, newly translated into English, with large additions and improvements, publish'd by Edmund Gibson
Croix du tombeau d'Arthur à Glastonbury
Londres, printed by F. Collins for A. Swalle and A. & J. Churchil, 1695
Papier, cxcv-1152 col., 404 x 240 mm
BnF, Réserve des livres rares, FOL-N-11 (t. 1, col. 65)
© Bibliothèque nationale de France
L'abbaye de Glastonbury (Ynys Witrin, "l'île de Verre" en breton) se trouve au cœur d'une série de légendes concernant Arthur. Un traité sur l'antiquité de son église composé après 1129 par Geoffroy de Monmouth raconte qu'on y découvrit la tombe de Gauvain sous le règne de Guillaume le Conquérant. Dans sa Vie de Gildas, Caradoc de Llancarfan rapporte que le roi du Somerset, Melwas (le Méléagant du Chevalier de la Charrette) y enferma Guenièvre. Mais c'est en 1191 que, en exécutant un ordre du roi Henri II récemment trépassé, les moines de Glastonbury "inventent" (comme on le fait d'un trésor) plusieurs tombes et une croix de plomb au nom d'Arthur, et exhument les corps d'Arthur et Guenièvre.
Le contexte idéologique de cette découverte ne fait guère de doute : les rois Plantagenêt avaient alors tout intérêt à magnifier la figure de leur prédécesseur, Arthur, dont ils se réclamaient, tout en coupant court aux légendes qui couraient chez les Bretons au sujet du sommeil du roi à Avalon et de son retour prochain pour les libérer du joug étranger. Quant à la riche abbaye, elle augmentait ainsi opportunément son prestige, à une époque où les grandes abbayes bénédictines du royaume se livraient une concurrence féroce pour attirer les donations des fidèles. Des érudits, suivant une hypothèse aujourd'hui controversée, ont d'ailleurs soutenu que le roman de Perlesvaus avait également été composé dans la mouvance de Glastonbury, pour soutenir ses prétentions arthuriennes. Plusieurs auteurs médiévaux ont rapporté cette découverte et un érudit anglais, William Camden (1551-1623), a dressé un relevé de cette croix, aujourd'hui disparue. La forme des lettres ne peut être datée des Ve-VIe siècles, mais renvoie plutôt au Xe. Selon toute probabilité, il s'agit d'un faux forgé au XIIe siècle, dans un style "archaïque" qui pouvait faire croire à son authenticité.
 
 

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