Wace, Roman de Brut. Destruction de Rome. Fierabras
Arthur et le géant du Mont-Saint-Michel
Angleterre (Gloucester ?) ou Sud du Pays de Galles, vers 1338-1340
Parchemin, III + 118 + III f. (1 col. de 38 lignes), 198 x 120 mm
Provenance : Narcissus Luttrell, vers 1693 ; acheté en 1920 à W. C. Pendarves
Londres, The British Library, ms. Egerton 3028 (f. 49)
© The British Library Board
Le manuscrit Egerton 3028 tient une place à part dans l'illustration anglaise en raison du nombre exceptionnel de ses miniatures (53 pour le Brut, 65 pour les deux autres textes). Couvrant une demi-page, elles prêtent une allure très particulière au défilé de l'histoire de l'Angleterre. Le manuscrit contient une version condensée du Brut de Wace suivie de continuations, jusqu'au règne d'Édouard III et au début de la guerre de Cent Ans. Celle-ci est liée aux légendes continentales grâce à la présence de la Destruction de Rome et de Fierabras. La réunion de ces différents textes semble exprimer le désir, quand commence la guerre de Cent Ans, en 1338, de maintenir une présence anglaise en France. Le récit arthurien proprement dit occupe les folios 24 à 53.
Les dessins à l'encre, avec un léger lavis de couleur, se placent difficilement dans la peinture anglaise du début du XIVe siècle, en raison de leur aspect plutôt rustique et d'un manque de sophistication qui tranche avec la peinture de la cour de Londres ou celle des établissements ecclésiastiques de l'East Anglia. Pourtant, la présence de nombreuses scènes insolites présentées avec vivacité fait de cet ensemble un recueil séduisant à sa façon. La confrontation d'Arthur et du géant du Mont-Saint-Michel, qui a enlevé la fille du duc de Bretagne, Hélène (celle-ci donnera son nom à l'îlot de Tombelaine, où elle serait ensevelie), commence dans la miniature du folio 49, qui forme une sorte de préambule. Arthur arrive devant l'énorme géant, vu de profil et à moitié masqué par la colline, en train de rôtir un sanglier. Le monstre est effrayant avec sa taille démesurée, ses sourcils broussailleux, sa barbe et ses cheveux rouges, ses oreilles pointues et poilues, sa langue semblable à celle d'un serpent et ses yeux exorbités : autant d'attributs diaboliques.
Le combat du roi et du géant est un thème folklorique classique, qui renvoie aux plus anciens récits gallois consacrés à Arthur. Il est fréquent dans les manuscrits de la Suite du Merlin du Lancelot-Graal et apparaît aussi dans la Chronique de Geoffroy de Monmouth, où les images sont rares : dans le célèbre exemplaire conservé à Douai, c'est le combat même qui est représenté, alors que dans le manuscrit de Bonn ULB 526 le géant fuit devant Arthur. Quant au manuscrit Londres, BL, Add. 10292, il montre le triomphe d'Arthur devant le géant qu'il vient de tuer.
 
 

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