Benoît de Sainte-Maure, Le Roman de Troie. Énéas. Wace, Le Roman de Brut (début). Chrétien de Troyes, Érec et Énide, Le Conte du Graal et sa Première Continuation, Cligès, Le Chevalier au Lion, Le Chevalier de la Charrette. Wace, Le Roman de Brut (fin)
Début du roman de Cligès
Picardie, deuxième quart du XIIIe siècle
Parchemin, 264 f. (3 col. de 57 à 59 lignes ; manquent 3 cahiers après le f. 2, et 2 cahiers après le f. 218), 300 x 225 mm
Provenance : famille Goyon, seigneurs de Matignon (Bretagne) puis de Torigny (Basse-Normandie) ; probablement acheté par Nicolas-Joseph Foucault en 1690 ; vente Charles-Jérôme Cisternay du Fay, 1725 ; acheté par la Bibliothèque du roi lors de la vente Châtre de Cangé, 1733
BnF, Manuscrits, français 1450 (f. 188 v°)
© Bibliothèque nationale de France
Ce manuscrit, contemporain de la célèbre copie de Guiot de Provins (BnF, fr. 794), donne une version sans doute légèrement retouchée du texte originel de Chrétien de Troyes. La graphie est en effet franco-picarde, or il est établi presque à coup sûr que Chrétien n'écrivit qu'à la cour des comtes de Champagne. Outre deux romans inspirés de l'histoire antique, Le Roman de Troie et l'Énéas (inspiré de l'Énéide de Virgile), le recueil contient tous les romans de Chrétien de Troyes, enchâssés dans le Brut de Wace. Le Conte du Graal est prolongé par sa Première Continuation. Le projet éditorial et, sans doute, idéologique qui sous-tend ce recueil est clair : rassembler des textes qui ont trait, d'abord à la guerre de Troie et à l'exil des Troyens vaincus vers l'Italie et la Bretagne, puis à l'histoire de la Bretagne (première partie du Brut jusqu'au règne d'Arthur, romans de Chrétien qui s'inscrivent dans le temps arthurien, enfin seconde partie du Brut jusqu'à la mort d'Arthur). Il s'agit donc d'une compilation qui vise à raccrocher solidement la matière de Bretagne à l'histoire antique, au moment où, parallèlement, les Capétiens inventent le mythe de l'origine troyenne des Francs.
Chaque texte s'ouvre par une lettrine enluminée ornée de motifs végétaux, de dragons ou de têtes humaines (un titre a été ajouté au cours du XIIIe siècle). Tel est le cas pour Cligès, un roman dont le héros, fils de l'empereur de Constantinople, vient accomplir des exploits chevaleresques à la cour d'Arthur : par cette œuvre isolée dans production, Chrétien parvient à réunir les de Rome et de Bretagne. À travers les personnages de Cligès et Fénice, qui incarnent l'idéal intégré à la société féodale, il propose également un contre-modèle à Tristan et Iseut, dont passionné et adultère lui semblait sans doute trop subversif.
 
 

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