Chrétien de Troyes, Érec et Énide, Le Chevalier de la Charrette, Cligès, Le Chevalier au Lion. Alexandre de Bernay, Athis et Prophilias. Benoît de Sainte-Maure, Le Roman de Troie. Wace, Le Roman de Brut, Les Empereurs de Rome. Chrétien de Troyes, Le Conte du Graal
Portrait de la comtesse Marie de Champagne et prologue du Chevalier de la Charrette
Provins, 1230-1240
Parchemin, 433 f. (3 col. de 44 lignes), 317 x 234 mm
Provenance : probablement Thibaud IV de Champagne ; acheté par Châtre de Cangé à la vente Charles-Jérôme de Cisternay du Fay en 1725 ; acheté par la Bibliothèque du roi en 1733
BnF, Manuscrits, français 794 (f. 27)
© Bibliothèque nationale de France
Ce manuscrit est sans doute le plus célèbre de tous ceux qui conservent les romans de Chrétien de Troyes. Beau livre à la mise en page soignée, copié d'une écriture régulière, il est l'œuvre de l'atelier du copiste Guiot, installé à Provins, une riche ville de foires et, à l'époque où le manuscrit a été copié, résidence ordinaire du comte Thibaud IV de Champagne, pour qui il a probablement été réalisé. Si l'on excepte les vestiges d'un recueil plus ancien et qui pourrait avoir été réalisé pour la cour comtale (les "Fragments d'Annonay"), c'est, avec le manuscrit BnF, fr. 1450, le seul recueil complet des œuvres de Chrétien de Troyes qui nous soit parvenu. L'ordre des textes est toutefois différent de celui du BnF, fr. 1450 et le manuscrit comprend plusieurs autres œuvres dont une seule (Le Roman de Brut, de Wace) se rapporte à la matière de Bretagne. Une table des matières en vers fait référence aux signets cousus sur le feuillet initial de chaque roman pour faciliter leur consultation : preuve d'un soin particulier mis à la réalisation de ce recueil, cette pratique, inédite pour les œuvres littéraires, est normalement réservée aux livres liturgiques. Le texte, teinté de quelques traits dialectaux champenois, a sans doute fait l'objet d'un travail d'édition qui l'éloigne un peu de la version originelle de Chrétien de Troyes - si l'on en juge du moins par les passages communs avec les débris d'Annonay. Mais les interventions de Guiot semblent être restées discrètes, sauf peut-être dans le Conte du Graal.
Une seule enluminure orne le manuscrit. Elle est placée au début du Chevalier de la Charrette et représente une dame vêtue d'une robe rouge et d'un manteau bleu, stylistiquement proche d'une image de David qu'on trouve dans un commentaire du Psautier, lui aussi champenois (BnF, fr. 22892). Il ne fait pas de doute qu'il s'agit de la comtesse Marie de Champagne, épouse d'Henri Ier siècle le Libéral, que Chrétien désigne dans son prologue comme la commanditaire et l'inspiratrice du roman : "Puisque ma dame de Champagne veut que j'entreprenne de faire un roman, je l'entreprendrai très volontiers en homme qui est tout à elle... La matière et le sens lui ont été indiqués et donnés par la comtesse ; pour lui, il se charge de la mise en forme, sans rien apporter de plus que son travail et son application."
 
 

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