Chrétien de Troyes, Conte du Graal, suivi des trois premières continuations
Cortège du Graal
Paris, vers 1330
Parchemin, 272 f., 320 x 225 mm
Provenance : Condé
BnF, Manuscrits, français 12577 (f. 18 v°)
© Bibliothèque nationale de France
L'inachèvement du Conte du Graal laissait en suspens la question des intentions finales de Chrétien et, corrélativement, celle de la signification des trois objets portés en procession au château du Roi Pêcheur, la lance qui saigne, le Graal et le tailloir d'argent. Ce mystère suscita, dans le Nord de la France, l'élaboration de plusieurs continuations, rédigées entre 1200 et 1230 environ. Chrétien avait écrit le Conte du Graal pour Philippe d'Alsace, comte de Flandre, sans doute lorsque celui-ci espérait épouser la comtesse Marie de Champagne, et deux continuateurs travaillèrent pour sa petite-nièce, la comtesse Jeanne de Flandres : Wauchier de Denain, à qui l'on attribue la Seconde Continuation, et Manessier, qui lui dédie son œuvre. Gerbert de Montreuil, qui écrit que les descendants de Perceval conquerront Jérusalem (évidente allusion à Godefroy de Bouillon et à ses frères), pourrait avoir composé sa continuation pour les comtes de Boulogne.
Chrétien de Troyes, mort avant d'avoir terminé son roman, a laissé deux indices : le titre, d'abord (ce est li contes del Graal, v. 66), semble une indication claire sur le sujet central du récit ; l'autre information importante, donnée à Perceval par son oncle l'ermite, est que le Graal contient une hostie qui maintient en vie le père du Roi Pêcheur. Sur cette base, qui donne au Graal une fonction sacrée, les continuateurs de Chrétien et Robert de Boron bâtiront la légende du Saint Graal, coupe dans laquelle Joseph d'Arimathie recueillit le sang du Christ en croix et que l'on couvrit du tailloir d'argent. Bien que les textes ne le précisent pas explicitement, Graal et tailloir sont décrits de façon à faire penser à un calice surmonté de sa patène. Quant à la lance qui saigne, elle a été identifiée à celle dont Longin se servit pour percer le flanc du Seigneur.
Le manuscrit BnF, fr. 12577 simplifie un peu, par rapport au texte, la procession qui illustre le roman de Chrétien puisqu'on n'y voit pas le tailloir et qu'une reine, non mentionnée par l'auteur, a pris par erreur la place de Perceval. Conformément à sa fonction, le Graal est figuré sous la forme d'un ciboire.
 
 

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