Le Chevalier errant, de Thomas de Saluces
Les Neuf Preux
Paris, vers 1403-1404
Parchemin, 209 f., 340 x 260 mm
Provenance : Marguerite d'Autriche ; Marie de Hongrie ; entré dans la librairie de Bourgogne en 1559 ; transféré à la BN en 1794
BnF, Manuscrits, français 12559 (f. 125)
Le Chevalier errant a été écrit par le marquis Thomas III de Saluces, probablement en 1394. L'auteur, sous la forme du chevalier errant, y narre de manière allégorique sa quête de la sagesse à travers ses aventures aux royaumes du "Dieu d'Amours", de "Dame Fortune" et de "Dame Congnoissance". Au cours de ses pérégrinations, il entre dans le "palais des Esleus", où il rencontre les Neuf Preux et les Neuf Preuses.
Sur l'enluminure du folio 125, les Preux apparaissent à l'intérieur de la grande salle d'un château aux murs crénelés : debout, disposés en frise (comme les statues des Preuses sur la cheminée du château de Coucy), ils sont identifiés par des inscriptions et tiennent un écu ou une bannière portant leurs armoiries. De chaque côté de David, seule figure représentée de manière frontale, sous la clé suspendue au centre de l'arcade dont il semble, symboliquement, être le pilier, les Preux sont répartis en deux groupes de deux personnages tournés l'un vers l'autre. Arthur tient une bannière ornée des trois couronnes symbolisant ses royaumes : Bretagne, Écosse et Angleterre.
Cette représentation des Preux ne suit pas le texte de Thomas de Saluces, qui les énumère dans l'ordre historique - loi judaïque, puis païenne, puis chrétienne -, les décrit assis sur des sièges (tels les Preux, contemporains, de la série de tapisseries aujourd'hui conservée aux Cloisters, à New York, Inv. 32-130) et surtout trouve un certain nombre de ces sièges vides (notamment celui d'Arthur), les Preux en question ayant été précipités par Dame Fortune "au bas de la haute roche". Seuls deux manuscrits de cette œuvre sont conservés : celui-ci a été richement enluminé par le Maître de la Cité des dames pour l'auteur, qui vécut à la cour de Charles VI en 1403-1404 ; un second, moins luxueux, fut en grande partie détruit dans l'incendie de la bibliothèque de Turin en 1904, tandis qu'un troisième, mentionné au XVIIIe siècle, a disparu. Le thème des Preux et des Preuses connut une fortune particulière dans la famille de Saluces : ainsi, Constance de Saluces, sœur du marquis, donna une tapisserie des Neuf Preux à l'abbaye cistercienne de Noirlac (Cher), tandis que dans les années 1420 le thème était illustré pour Valerano, bâtard de Thomas III, sur les murs de la grande salle du château de La Manta.
 
 

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