Le Roman de Jaufré
Lutte contre un lépreux
Sud de la France, fin du XIIIe ou début du XIVe siècle
Parchemin, 110 f (2 col. de 37 lignes), 205 x 160 mm
Provenance : acquis par Louis XIV en 1662 avec la collection Béthune
BnF, Manuscrits, français 2164 (f. 28 v°-29)
© Bibliothèque nationale de France
Avec l'autre exemplaire du Roman de Jaufré (BnF, fr. 12571), copié en Italie et ne comportant pas d'illustration, ce manuscrit suscita l'intérêt des premiers chercheurs en littérature du Moyen Âge. Ainsi, comme de nombreux manuscrits de Chrétien de Troyes, les deux exemplaires de Jaufré servirent à Henri-Pascal de Rochegude, qui en fit une copie au début du XIXe siècle. Celui-ci est en effet l'unique manuscrit arthurien en occitan qui comporte des illustrations. Pour Clovis Brunel, la graphie du manuscrit indique une production du Sud du Languedoc, avec de nombreux éléments catalans, surtout dans la première partie. Comme l'avait déjà noté Brunel, on trouve d'autres traces de Jaufré en Catalogne : on sait par des sources du XIVe siècle qu'une salle du palais des rois d'Aragon à Saragosse était ornée de peintures inspirées de ce roman.
Les dessins du manuscrit sont réalisés très simplement, au lavis de couleur, sans modelé. Les sujets se répètent (Jaufré chevauchant, en particulier) mais les événements les plus importants du récit sont absents de l'illustration alors que le manuscrit ne compte pas moins de 250 images ! Sur le plan stylistique, on peut faire des rapprochements avec le milieu avignonnais, où l'on trouve de très grands personnages dessinés à l'encre dans les manuscrits juridiques conservés à Berlin (DSB, Ham 365) ou Avignon (BM, 749) par exemple. On peut se demander en fin de compte si ce curieux manuscrit était un livre d'enfants et si la pièce peinte du palais de Saragosse servait de chambre d'enfants et de salle de jeux. Toutefois, les miniatures, comme le texte, peuvent être d'une extrême violence, surtout dans les nombreuses scènes de combat. Aux folios 28 v°-29, Jaufré lutte contre un lépreux muni d'une arme rectangulaire (lo mezel) pour défendre une demoiselle ; il réussit à couper le bras puis la jambe du lépreux, qu'il finit par tuer quelques miniatures plus tard. Sur ces entrefaites, la demoiselle guérit les blessures de Jaufré en lui versant de l'eau sur la tête, alors qu'ils contemplent le lépreux mutilé qui gît mort à leurs pieds. On peut soupçonner là des éléments satiriques et humoristiques. qui anticipent à certains égards les aventures pseudo-arthuriennes des Monty Python !
 
 

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