Béroul, Roman de Tristan
Marc découvre Tristan et Iseut endormis dans le Morois
France, seconde moitié du XIIIe siècle
Parchemin, 32 f., 2 col. de 35 ou 36 lignes, 226 x 152 mm
Provenance : Baluze ; Mazarin ; entré à la Bibliothèque du roi en 1668
BnF, Manuscrits, français 2171 (f. 15 v°)
© Bibliothèque nationale de France
Ce manuscrit de trouvère, aujourd'hui en assez mauvais état dans son début, contient le seul vestige connu de ce qui semble bien être la plus ancienne version littéraire de la légende de Tristan et Iseut. Il s'agit d'une copie assez médiocre, souvent fautive, postérieure de près d'un siècle à la composition de l'œuvre. À deux reprises, aux v. 1268 et 1790, son auteur se nomme : Béroul. C'est à cette version que se rattache également le court récit de la Folie Tristan conservé dans le manuscrit 354 de la Burgerbibliothek de Berne. Par comparaison, six fragments plus ou moins longs témoignent d'une diffusion sans doute plus large de la version de Thomas d'Angleterre.
Depuis les travaux de Joseph Bédier, on a coutume de distinguer entre "version commune" (celle de Béroul et de son adaptateur Eilhart d'Oberg) et "version courtoise" (celle de Thomas, également représentée par la Folie d'Oxford, par Gottfried de Strasbourg et par la Tristramssaga norvégienne). Jean-Charles Payen parlait plutôt, pour Béroul, de "version épique", caractérisée par une écriture objective et tragique qui évoque les chansons de geste, sans analyses psychologiques mais avec des appels à l'auditoire et de nombreux dialogues où prédominent les tirades, et, pour Thomas, de "version lyrique", multipliant les monologues affectifs tels que troubadours et trouvères les avaient popularisés.
Le texte de Béroul possède une beauté et une force qui touchent encore aujourd'hui : les amants, quoique soumis à la force du philtre (le "boire amoureux"), demeurent maîtres de leur destin. C'est en partie par choix qu'ils vivent la passion amoureuse et s'opposent ainsi à toutes les règles de la fidélité vassalique et de la religion.
 
 

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