Tristan en prose
Tristan et Iseut buvant le philtre
Rouen, vers 1470
Parchemin, 383 f. (2 col.), 440 x 315 mm
Provenance : Louis de Bruges ? ; Louis XII ; présent à la bibliothèque du château de Blois en 1500
BnF, Manuscrits, français 103 (f. 1)
© Bibliothèque nationale de France
Ce manuscrit, qui donne une version abrégée et relativement isolée du Tristan en prose, a longtemps été célèbre parmi les chercheurs. Il conserve en effet, comme les romans en vers, l'épisode du combat de Tristan contre le dragon (inconnu des autres manuscrits du roman) et une rédaction isolée de la mort des amants. Alors que, dans les autres versions en prose, Tristan meurt des suites d'un coup du glaive empoisonné que Morgane avait fourni au roi Marc, le manuscrit BnF, fr. 103 donne un récit visiblement issu de la version de Béroul, représentée pour cette partie par la Folie Tristan de Berne : Tristan, revenu en Petite-Bretagne, y meurt de la jalousie d'Iseut aux Blanches Mains.
Cette version a connu une fortune étonnante : elle a servi de modèle aux éditions imprimées des XVe et XVIe siècles et c'est ce texte qu'a utilisé Thomas Malory pour sa grande compilation arthurienne, Le Morte Darthur. Les réécritures du comte de Tressan au XVIIIe siècle, de Paul Delvau sous le Second Empire et enfin de Pierre Champion en 1958 s'inspirent encore de cette version. Jusqu'à la parution du Tristan et Iseut de Joseph Bédier, en 1900, c'est à travers elle qu'on a connu la légende des amants tragiques de Cornouailles.
Le frontispice, œuvre du Maître de l'échevinage de Rouen, représente la scène du philtre, l'une des plus célèbres de l'histoire de Tristan et Iseut, mais dont la genèse nous échappe en raison de la disparition complète ou partielle des textes français les plus anciens. Selon les versions allemandes d'Eilhart von Oberg ou de Gottfried de Strasbourg et la saga norroise, c'est par accident que les deux jeunes gens boivent le philtre d'amour destiné à la nuit de noces de Marc et d'Iseut. Ils invoqueront par la suite la puissance du breuvage pour minimiser leur faute : "Il ne m'aime pas ne je lui - fors par un herbé dont je bui - et il en but." (Béroul, v. 1413-1415.) Richard Wagner magnifiera la scène : Tristan et Iseut partagent la coupe, persuadés de boire un philtre de mort, mais la suivante d'Iseut, désobéissant à l'ordre de sa maîtresse, lui a substitué le philtre d'amour, qui se révélera non moins redoutable.
 
 

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