Tristan en prose
Ouverture de la Quête du Saint Graal
France, Val de Loire, vers 1450-1460
Parchemin, 163 f., 415 x 320 mm
Provenance : Charles d'Anjou, comte du Maine (?) ; Nicolas Moreau d'Auteuil, trésorier de France ; Jean-Baptiste Jehannin de Chamblanc, collectionneur dijonnais dont la bibliothèque fut confisquée en 1792
Dijon, bibliothèque municipale, ms. 527 (f. 1) - cl. E. Juvin
En tête du manuscrit, la grande miniature divisée en quatre parties illustre le début de la Quête du Graal. En haut, la double scène représente le bal à la cour de Camelot, la veille de la Pentecôte, en présence d'Arthur entouré des douze rois et de Guenièvre accompagnée des reines. En bas à gauche, deux religieuses amènent Galaad devant Lancelot, Bohort et Lionel. À droite, Galaad est fait chevalier par Lancelot, son père.
Le volume est à ranger à la suite du manuscrit 648 de Chantilly, qui contient la première partie de cette version tardive et composite du roman de Tristan en prose. Outre leur complémentarité textuelle, les deux volumes ont été enluminés (en partie seulement pour celui de Chantilly) par un même artiste, le Maître de Charles du Maine. Ce peintre, au style élégant un peu archaïsant, a travaillé principalement pour le frère cadet du roi René d'Anjou, Charles, comte du Maine, auquel il est tentant d'attribuer la commande de cet ensemble.
Alors que le manuscrit de Dijon ne présente aucune marque d'appartenance antérieure au XVIe siècle, celui de Chantilly comporte les armoiries de Jean du Mas, seigneur de l'Isle-sur-Arnon, qui participa à l'arrestation de Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, en 1476 et acquit ainsi plusieurs de ses manuscrits. Ce volume provenait-il de la bibliothèque du duc ? Charles du Maine ayant donné sa fille Louise en mariage à Jacques d'Armagnac en 1462, le Tristan aurait pu faire partie de la dot de la mariée ou bien encore être prêté par Charles du Maine à son gendre. Il est frappant de constater que Jacques d'Armagnac, dès 1463, fit copier la même version du Tristan en prose par son copiste Micheau Gonnot, avec des enluminures d'Évrard d'Espinques (BnF, fr. 99) ; cette copie servit très probablement à son tour pour la confection de la célèbre compilation réalisée par le même Micheau Gonnot pour le duc en 1470 (BnF, fr. 112, 3 vol.). De la même façon, Jean du Mas, reprenant à son compte l'enlumineur du duc, Évrard d'Espinques, fit copier dans les années 1479-1480 un nouvel exemplaire (Chantilly, musée Condé, 645-647), qui prenait pour modèle le Tristan précédemment copié pour Jacques d'Armagnac en 1463 (actuel BnF, fr. 99) et déjà illustré par le même enlumineur ; ce volume se trouvait alors entre les mains de Pierre de Beaujeu, autre grand bénéficiaire de l'infortune princière.
 
 

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