Gottfried de Strasbourg, Tristan et Isolde
L'histoire de Tristan en allemand
Haguenau (Alsace), vers 1447-1449 ou 1455
Papier, I + 597 + I f., 276 x 210 mm
La personnalité de Gottfried de Strasbourg, contemporain de Wolfram von Eschenbach, comporte encore bien des zones d'ombre. Ses origines et sa formation demeurent inconnues, mais on l'imagine aisément œuvrant dans la sphère cléricale. Son Tristan et Isolde a sans doute été composé au début du XIIIe siècle. Restée inachevée, son œuvre (19 548 vers) sera poursuivie par Ulrich von Türheim et Heinrich von Freiberg.
Conservé dans 11 manuscrits complets et 16 fragments, le texte de Gottfried se rattache à la tradition du Tristan de Thomas (vers 1175) et à la version norroise du poème anglo-normand, la Tristrams saga de frère Robert (1226), augmentée de commentaires personnels, voire de digressions lyriques. Par rapport aux autres versions, Gottfried accorde peu de place aux actions guerrières, en revanche l'histoire d'amour retient toute son attention.
Illustré de près de cent dessins coloriés, ce manuscrit, daté de 1447 à 1449, provient de l'officine de Diebolt Lauber, un miniaturiste et copiste de l'avouerie de Haguenau en Alsace. Sorte de "maison d'édition" avant la lettre, cet atelier, un des plus connus de l'espace germanophone au XVe siècle, s'est montré extrêmement actif entre 1427 et 1467. Plus de quatre-vingts manuscrits lui sont attribués à l'heure actuelle, notamment des bibles historiées, des épopées, des ouvrages de sciences, des livres de droit, tous en dialecte alsacien, enluminés par Diebolt Lauber lui-même ou par ses nombreux collaborateurs. Dans cette vaste production, seuls quatre volumes et quelques fragments sont restés sans illustrations. Malgré leur caractère populaire, les manuscrits de l'atelier de Lauber ont trouvé des acquéreurs dans la haute bourgeoisie et parmi les membres de la noblesse, et ce dans toutes les régions de l'Empire.
À quelques exceptions près, les miniatures évoquent avec fidélité les textes mentionnés en rubriques. L'enlumineur (le Maître B, selon Kautzsch) n'a pas réellement cherché à innover. Très caractéristique, son dessin, énergique et fortement appuyé, devient parfois presque "expressionniste".
 
 

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