Le premier[-tiers] volume de Lancelot du Lac
Une édition gothique du Lancelot
Paris, Philippe Le Noir, 1533
In-fol. en 3 parties, [4]-165-[1], [4]-130, [4]-161-[1] f.
Provenance : bibliothèque du baron Salomon de Rothschild (1835-1864), léguée à la BN en 1922
BnF, Réserve des livres rares, Rés. g. Y2. 47 (f. [4 v°])
© Bibliothèque nationale de France
Le goût pour les romans de la Table ronde n'a pas disparu en France à la fin du Moyen Âge, et l'une des meilleures preuves en est la fréquence de leurs éditions dans le premier tiers du XVIe siècle. Il semble même qu'ils ont bénéficié alors, comme bien d'autres "histoires d'armes et d'amours", d'un réel engouement, un lectorat nouveau pouvant accéder, grâce à l'imprimerie, à un monde de fiction jusque-là élaboré par et pour une société aristocratique. Mais tout en diffusant largement les textes arthuriens, dans une langue rajeunie, sous une forme pratique (avec chapitres, résumés, tables), et souvent avec un prologue moralisant, l'imprimerie n'en a pas fait des livres vraiment populaires, car les immenses cycles en prose exigeaient d'épais in-folio, forcément coûteux.
Ainsi, ce Lancelot en prose compte près de mille pages en trois volumes, imprimées sur deux colonnes dans un petit caractère gothique bâtard. C'est la sixième édition après la princeps de 1488, qui avait sans doute été commanditée par Antoine Vérard. Celui-ci signe aussi les deux éditions suivantes.
À partir de 1513, le titre devient l'exclusivité de l'officine parisienne des Le Noir (Michel, puis son fils Philippe), qui publie quatre éditions en vingt ans. Si les trois premières copient, en moins luxueux, le modèle de Vérard (grandes illustrations, reprise de la préface à Charles VIII), la quatrième, présentée ici, se simplifie : la préface disparaît et seul ce bois gravé (Lancelot recevant son épée du roi Arthur) ouvre le texte, qui est ensuite orné uniquement de lettrines disparates et usées. C'est que l'attrait pour la littérature arthurienne s'émousse : les mises en prose de chansons de geste ou d'autres romans de chevalerie ont un succès plus durable et, surtout, des "nouveautés" arrivent d'Espagne ou d'Italie, notamment l'Amadis de Gaule, traduit à partir de 1540. Le Lancelot ne sera plus publié, sauf en abrégé, et cette année 1533 est d'ailleurs aussi celle de la dernière édition du Tristan.
 
 

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