Pierre Sala, Tristan
Réécriture d'un roman arthurien à la Renaissance
Lyon, 1525-1529
Papier, III + 220 + III f., 340 x 245 mm
Provenance : François de Tournon ; ancienne collection Phillipps 3637
Cologny, Fondation Martin Bodmer, ms. 148 (f. 212 v°-213)
Pierre Sala, né à Lyon au plus tard en 1457, entra vers 1480 au service du futur roi Charles VIII. Il devint ensuite maître d'hôtel du roi Louis XII, charge qu'il occupa au moins jusqu'en 1510. En 1514, retiré de la cour, il séjournait de nouveau à Lyon, où il se consacra à l'écriture. François Ier siècle lui rendit visite lors de son passage à Lyon, en 1522. Il mourut en 1529, après avoir rédigé un nombre conséquent de textes qui n'ont jamais été imprimés - sauf si on doit lui attribuer, ce qui n'est pas certain, le roman de Jean de Paris, qui connut un durable succès éditorial.
Pierre Sala paraît avoir été amateur de romans de la Table ronde : empruntant des épisodes aux Prophéties de Merlin et au Merlin du Lancelot-Graal, il évoque le roi Arthur dans Les Prouesses de plusieurs roys, qu'il offrit à François Ier siècle (BnF, fr. 10420 ; un second manuscrit existe, BnF, fr. 584) et rédigea deux romans qui se rattachent directement à la matière de Bretagne.
Il existe deux manuscrits du Tristan de Pierre Sala : celui de la Fondation Martin Bodmer pourrait être l'exemplaire de dédicace offert au roi François Ier siècle ; une seconde copie provenant de la bibliothèque du comte de Toulouse, fils de Louis XIV, et passée par celle de Louis-Philippe, est conservée à la Bibliothèque nationale de Galles, à Aberystwyth (NLW, 443-D).
Le roman, qui s'inscrit dans la tradition du Tristan en prose, raconte des aventures nouvelles, que le héros partage avec son ami Lancelot. Il adapte aussi, discrètement, la matière arthurienne à la forme de la nouvelle, qui apparaît durant la Renaissance. Certaines aventures semblent trouver leur source dans le roman italien de la Tavola ritonda, que Pierre Sala avait peut-être lu lors des expéditions d'Italie, et dans le roman de Jaufré, qui avait justement été imprimé à Lyon au début du XVIe siècle. L'épisode de la rencontre entre Tristan et une Demoiselle à la Licorne est quant à lui emprunté avec bonheur au Roman de la Dame à la Licorne et du beau Chevalier au Lion. Si Pierre Sala a fait œuvre originale en inventant de nouvelles aventures pour Tristan et Lancelot, il n'en va pas de même pour son roman du Chevalier au Lion (BnF, fr. 1638) qui abrège le récit de Chrétien de Troyes dans un souci de clarification.
L'œuvre de Pierre Sala, comme celle de Jean Maugin montre en tout cas que l'intérêt des écrivains pour la matière de Bretagne n'était pas encore tout à fait tari au début du XVIe siècle.
 
 

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