André Derain, gravures sur bois
pour L'Enchanteur pourrissant, de Guillaume Apollinaire
Apollinaire et la légende de Merlin
Paris, Henry Kahnweiler, 1909
[55] p. - [12] f. de pl., 260 x 196 mm
BnF, Estampes, Tb 92 (8°)
© Editions Gallimard © Adagp, Paris 2009
C'est en 1909 que l'éditeur bibliophile, marchand de tableaux et mécène insatiable de jeunes talents Henry Kahnweiler publie son premier livre d'art avec L'Enchanteur pourrissant, de Guillaume Apollinaire. Il s'agit aussi de la première œuvre éditée d'Apollinaire et du premier livre illustré par André Derain.
Achevé en 1898, alors qu'Apollinaire n'a que dix-neuf ans, L'Enchanteur pourrissant est publié une première fois en 1904. L'édition définitive de 1909 comporte notamment l'ajout, au début du livre, d'un passage issu de l'édition du Lancelot en prose de 1533 et, à la fin, d'Onirocritique, déjà paru en 1908. L'ouvrage est conçu comme un dialogue entre Merlin et la fée Viviane, et s'achève par la mort de l'enchanteur. Des animaux et des personnages mythiques défilent alors devant son cercueil pour lui dire quelques mots puis Merlin, à nouveau seul et déjà pourrissant, fait le rêve intitulé "Onirocritique".
Dans la continuité d'Edgar Quinet, Apollinaire donne une vision négative de Viviane, qui parvient, après s'être servie de lui, à faire d'un Merlin vieillissant la victime de son amour. Fils du Diable, enfant sans père (comme Apollinaire lui-même), l'enchanteur, dont le destin ne peut s'accomplir que par l'enfermement dans une forêt lointaine, symbolise également le rejet des valeurs chrétiennes et sociales. Le même thème inspire le poème Merlin du recueil Alcools.
Autant que l'écriture d'Apollinaire, l'utilisation par Derain du bois de fil taillé largement, à la manière des anciennes xylographies du XVe siècle, choqua lecteurs et amateurs. Mais elle inaugura le renouveau de la gravure sur bois.
 
 

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