Guillaume Apollinaire (1880-1918)
L'Enchanteur pourrissant
Edition originale avec des bois gravés par André Derain (1880-1954). Nouvelle Revue Française, 1909
Rennes, Les Champs Libres, Bibliothèque de Rennes-Métropole, Inv. HP 8048
© ADAGP, Paris 2008
Les savants des XIXe et XXe siècles ont restitué les légendes arthuriennes, à l'exemple de Joseph Bédier qui reconstitue l'histoire de Tristan et Iseut d'après les versions médiévales, dans un beau texte dont Jean Cocteau s'inspirera pour le scénario du film l'Eternel retour (1943). Mark Twain, John Steinbeck ou Guillaume Apollinaire s'emparent de la légende, qui est encore l'une des sources du Seigneur des Anneaux de Tolkien.

Dans L'Enchanteur pourrissant, publié en 1909, Guillaume Apollinaire renouvelle le mythe de Merlin dans un texte poétique qui mêle différentes légendes, aussi bien arthuriennes que grecques antiques, et même bibliques. Il met l'accent sur la mort et la survie symboliques du magicien, condamné par Viviane à demeurer cloîtré dans la tombe. Le poète reprend ainsi le motif traditionnel de l'enfermement de Merlin au Val sans retour. La fée l'a combattu, mais ne désespère pas de pouvoir vivre pleinement un jour l'amour qu'elle ressent pour lui, par-delà la haine.
Apollinaire, qui puise à de nombreuses sources littéraires, fait intervenir dans ce conte moderne une foule d'animaux fantastiques et d'êtres hybrides, ainsi que des personnages mythiques venus d'horizons très divers : des reines, des fées, des chevaliers aux pouvoirs étranges. Tout ce beau monde décide de se rassembler autour du tombeau de Merlin et entame alors de longs dialogues plus ou moins philosophiques. On y rencontre notamment le Chapalu, monstre mi-chat, mi-cheval, qui n'a qu'une phrase à la gueule : "J'ai faim ! J'ai faim !"
Le texte est agrémenté de gravures sur bois conçues par le peintre André Derain, dans un esprit de synthèse et de modernité propre à l'époque. Lors de sa parution, l'œuvre a été considérée comme un jalon important de la naissance du livre d'artiste au XXe siècle. Un projet de mise en musique a aussi vu le jour, mais n'a jamais pu aboutir.
L'Enchanteur pourrissant témoigne de la popularité des thèmes arthuriens à l'époque contemporaine, de la possibilité de les réinventer en les mêlant à d'autres légendes.
 
 

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