Cycle du Lancelot-Graal : page de frontispice
Présentation du livre ; naissance de Lancelot ; son adoubement par le roi Arthur ; son combat contre les automates du château de la Douloureuse Garde.
Manuscrit en quatre volumes réalisés pour Jacques d'Armagnac, duc de Nemours.
Atelier d'Evrard d'Espinques. Centre de la France (Ahun), vers 1475.
BnF, Manuscrits, Français 113 fol. 1
© Bibliothèque nationale de France
Premier d'une série qui comprend le cycle du Graal, le manuscrit Fr. 113 présente l'Histoire du Saint Graal, suivie par le Merlin sans suite et le début du Lancelot. Le texte s'ouvre sous l'autorité divine de la Trinité qui joue un rôle essentiel, en particulier dans l' Histoire du Saint Graal et dans la Quête du Saint Graal, romans du cycle dont la dimension spirituelle et évangélisatrice est particulièrement accentuée.
En haut de page est écrit à l'encre bleue et rouge le titre courant "Cy commence le premier livre de messire Lancelot du Lac". Ce frontispice, orné d'une bordure de feuillage comprenant des fleurettes et des rinceaux caractéristique des manuscrits du XVe siècle, comporte dans la marge inférieure les armes de Pierre II de Bourbon, portées par deux sirènes, elles-mêmes encadrées par deux hommes sauvages.
L'enluminure est composée de quatre compartiments. Le premier montre la scène archétypale de remise du livre par l'auteur à son commanditaire. On reconnaît la figure du clerc Gautier Map et celle du roi Henry II d'Angleterre. Ce motif iconographique traditionnel, placé en tête des manuscrits enluminés, permet de mettre l'ouvrage sous la protection et l'autorité d'un personnage connu et important. Au Moyen Âge, on attribue la rédaction à maître Gautier Map qui aurait effectué cette traduction du latin en français pour son seigneur, le roi d'Angleterre Henry II Plantagenêt. En fait cette attribution est fictive car la mort de Gautier Map, avant 1209, précède la rédaction du cycle. Ces fausses attributions jouent avec la conception et la notion d'auteur, en donnant des autorités fictives aux textes.
Ensuite se succèdent trois épisodes tirés de la vie de Lancelot. Sa naissance, dans le deuxième quartier, où l'on voit la reine Hélène encore alitée tandis que ses suivantes lui présentent le nouveau-né. Dans le troisième quartier, le roi Arthur fait Lancelot chevalier au cours de la cérémonie de l'adoubement lors de laquelle il lui donne la colée, c'est-à-dire qu'il le frappe sur le cou du plat de l'épée. Dans le dernier quartier, Lancelot, entièrement armé, apparaît dans une aventure majeure : il doit combattre des statues de cuivre qui s'animent comme des automates pour prendre le château enchanté de la Douloureuse Garde.
On remarque que les scènes entretiennent des correspondances entre elles. À la génuflexion du clerc qui offre son ouvrage au roi, correspond celle du jeune chevalier adoubé par le roi. A Henry siégeant sur son trône, vêtu d'hermine et tentant le sceptre, répond Arthur qui adoube Lancelot avec son épée. Ainsi les deux figures royales tendent-elles à se confondre pour suggérer l'idée d'une continuité entre Arthur et les Plantagenêt qui, récemment installés sur le trône d'Angleterre, sont en quête de légitimité.
 
 

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