Cycle du Lancelot-Graal : III. Roman de Lancelot
La mort de Ban de Benoïc
Manuscrit en quatre volumes réalisés pour Jacques d'Armagnac, duc de Nemours.
Atelier d'Evrard d'Espinques. Centre de la France (Ahun), vers 1475.
BnF, Manuscrits, Français 113 fol. 154v
© Bibliothèque nationale de France
Acculé par Claudas qui assiège sa forteresse, le roi Ban s'enfuit avec sa femme et son fils pour se rendre à la cour d'Arthur et demander de l'aide. Il confie le commandement du château à son sénéchal qui s'empresse de le trahir en prévenant Claudas de son absence. L'assaut est lancé, le feu mis à la citadelle qui cède malgré la résistance héroïque de Banin, neveu et filleul du roi. Alors qu'il chemine en forêt, le roi Ban aperçoit au loin son château en flammes. Son cœur se serre, ses yeux se troublent. Un frisson tel secoue son corps que les veines se rompent et le cœur éclate. Il tombe mort, abandonnant à leur triste sort la reine Hélène et son fils nouveau-né Lancelot.

La peinture évoque le premier moment déterminant du Roman de Lancelot. Dans le récit, le roi Ban de Benoïc, a été contraint de quitter nuitamment son château de Trèbe, en compagnie de son épouse Hélène, de leur tout jeune fils Galaad, appelé plus tard Lancelot, et d'un écuyer. Les fugitifs s'arrêtent dans la forêt de Boisenval, près du lac de Diane; Ban monte au sommet d'une colline pour jeter un dernier regard sur Trèbe. De là, il aperçoit dans le lointain l'incendie qui ravage la dernière place forte de son royaume; il comprend la trahison de son sénéchal et s'effondre de saisissement. Alertée par le cri de stupeur de leur écuyer, la reine Hélène décide de laisser l'enfant près des chevaux pour courir auprès de son époux. L'artiste va à l'essentiel, il supprime la figure accessoire de l'écuyer afin de regrouper en une seule vision les trois évènements qui vont faire du héros un prince déshérité, un orphelin de père et un enfant à la merci du destin. Aussi le scénario se déroule-t-il simultanément sur trois plans. A l'horizon la forteresse se consume, à droite au registre médian, la mort désarçonne le roi pendant qu'en avant de la scène, la reine s'apprête à déposer le nourrisson emmailloté sur l'herbe, près de sa monture. La composition s'organise autour d'un espace central uniquement tapissé par le vert foncé de la végétation rase des buissons. L'aménagement de ce vide ténébreux met l'accent sur l'action d'Hélène qui va déterminer l'avenir de son fils. Au loin, contrastant avec l'atmosphère sombre de la tragédie quasiment traitée en nocturne, le ciel s'éclaire des premières lueurs de l'aube, annonce d'un jour nouveau dans l'histoire du héros.
 
 

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