Cycle du Lancelot-Graal : III. Roman de Lancelot
Combat de Gauvain et de Segurade
Manuscrit en quatre volumes réalisés pour Jacques d'Armagnac, duc de Nemours.
Atelier d'Evrard d'Espinques. Centre de la France (Ahun), vers 1475.
BnF, Manuscrits, Français 114 fol. 254
© Bibliothèque nationale de France
Au cours du roman, les aventures de Lancelot s'entrelacent avec celles des chevaliers de la Table ronde. L'un des plus éminents est le neveu d'Arthur, Messire Gauvain. Chevalier charitable, Gauvain vole toujours au secours des pucelles. Aussi s'empresse-t-il de livrer bataille quand la Dame de Roestoc l'appelle à la rescousse contre un chevalier de moindre rang, Segurade, qui menace de la prendre de force. Après s'être désarçonnés, les chevaliers combattent à pied. A coups d'épée, ils s'infligent des plaies sanglantes, taillant cottes, écus et casques. La mêlée est si dure, si cruelle, que dans la tribune, les dames en demeurent muettes. Alors qu'ils s'épuisent, l'heure de midi permet à Gauvain de retrouver toute son ardeur, car sa force suit la course du Soleil et culmine au milieu du jour. Gauvain s'élance et redouble de coups tant et si bien que Ségurade ne tarde pas à demander pitié. La Dame de Roestoc accepte que le chevalier vaincu se mette à sa merci. Gauvain lui laisse alors la vie sauve et repart pour l'aventure.

Au cours de ce combat se manifeste une caractéristique qui renvoie sans doute aux origines celtiques du personnage de Gauvain : sa force est soumise au mouvement de l'astre solaire. Ainsi, alors qu'il est épuisé par son combat contre Segurade, l'heure de midi lui permet-elle de retrouver une force intacte.
À gauche de l'image, Gauvain, reconnaissable à son écu pourpre à l'aigle bicéphale d'or, combat son adversaire Segurade devant une tribune pleine de monde. Enjeu du combat, la dame de Roestoc se trouve au centre de l'estrade, vêtue d'une robe rouge et coiffée d'un hénin ; son château se détache en arrière-plan. La position supérieure de l'épée de Gauvain et la situation de son adversaire blessé à la tête qui semble acculé à la tribune semblent annoncer sa victoire. L'âpreté de la lutte est rendue par le sang qui s'égoutte des plaies sous l'armure et par le mouvement de Gauvain : il repousse vigoureusement son adversaire dont le pied gauche dépasse sur l'encadrement de la peinture, acculant ainsi Segurade vers l'extrémité du champ afin de mieux l'avoir à sa merci. Outre ce procédé d'empiètement sur la bordure, employé depuis longtemps par les enlumineurs, Evrard d'Espinques utilise les ombres pour conférer plus de relief aux personnages et aux objets.
 
 

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