Cycle du Lancelot-Graal : III. Roman de Lancelot
Lancelot monte dans la charrette d'infamie pour sauver la reine Guenièvre
Manuscrit en quatre volumes réalisés pour Jacques d'Armagnac, duc de Nemours.
Atelier d'Evrard d'Espinques. Centre de la France (Ahun), vers 1475.
BnF, Manuscrits, Français 115 fol. 355
© Bibliothèque nationale de France
Le jour de l'Ascension, un chevalier cruel, Méléagant, le fils du roi de Gorre Baudemagu, vient défier le roi Arthur à Camelot : il exige qu'on lui livre la reine en échange des sujets d'Arthur qu'il retient en captivité dans son royaume ! En l'absence de Lancelot, que toute la cour croit mort, c'est le sénéchal Keu qui relève le défi de défendre la reine, mais il est vaincu. Lancelot arrive à temps pour combattre à son tour. Mais son cheval est tué par la troupe des ravisseurs, qui s'enfuient emportant Guenièvre. Alors qu'il tente de les suivre à pied, Lancelot croise une charrette conduite par un nain. Celui-ci propose à Lancelot de monter avec lui, pour le conduire auprès de la reine. Mais pour un chevalier, s'asseoir dans une charrette c'est perdre son honneur et sa dignité. Lancelot saute pourtant dans la charrette d'infamie car c'est le seul moyen de retrouver celle qu'il aime. Gauvain, qui est arrivé entre-temps avec un cheval de secours, le conjure en vain de descendre. Commence alors un voyage éprouvant : tous insultent ce chevalier misérable auquel on jette de la boue. La charrette arrive enfin dans un château où passer la nuit.

Utilisée pour transporter les condamnés de leur geôle au lieu de leur exécution, la charrette a un usage infâmant. Lancelot accepte de subir la honte publique plutôt que de perdre sa dame. Dans une campagne vallonnée, le piteux équipage s'avance. Tout armé, et portant son écu au bras, Lancelot s'est assis sur le rebord de la charrette comme s'il n'osait s'y installer vraiment. Cette position inconfortable évoque parfaitement le malaise moral ressenti par le preux chevalier tombé dans une situation infâmante, exposé à la boue et aux injures. Le nain juché sur le dos du cheval de trait se retourne vers l'amant de Guenièvre, semblant accepter sa présence tout en le considérant avec dérision. Derrière la colline que contourne la charrette, l'arrivée de deux chevaliers est soulignée par un rais de lumière éclairant les teintes et les formes déjà estompées du lointain. Il est difficile de savoir le rôle exact que l'artiste a voulu leur attribuer. Ils sont susceptibles d'évoquer soit le mépris des passants qui se détournent soit la fin du supplice puisque Gauvain va rejoindre Lancelot avec un cheval de secours et l'escorter.
Cette scène célèbre est au cœur du roman de Chrétien de Troyes, le Le Chevalier de la charrette. Le roman en prose s'écarte de la version d'origine : ici Lancelot monte immédiatement dans la charrette, alors que dans le roman en vers de Chrétien, déchiré entre Amour et Raison, il connaît un instant d'hésitation dont Guenièvre lui tiendra ensuite rigueur.
 
 

> partager
 
 
 

 
> copier l'aperçu
 
 
> commander