Cycle du Lancelot-Graal : III. Roman de Lancelot
Gauvain vole au secours de la demoiselle à la ceinture d'or
Manuscrit en quatre volumes réalisés pour Jacques d'Armagnac, duc de Nemours.
Atelier d'Evrard d'Espinques. Centre de la France (Ahun), vers 1475.
BnF, Manuscrits, Français 115 fol. 361v
© Bibliothèque nationale de France
Les rebondissements des aventures entraînent les chevaliers dans de perpétuelles errances. Les chemins se croisent et les destins se nouent. Dans les campagnes désertes ou au cœur des forêts profondes, les rencontres n'ont jamais rien d'ordinaire ou de fortuit. Elles sont toujours pour le chevalier une occasion de mettre en pratique les enseignements reçus de leurs aînés au cours de la préparation à l'adoubement; ils doivent ainsi faire preuve de discernement, de prudence, de vaillance et de générosité. Venir en aide à leur suzerain, à leurs pairs et secourir les demoiselles en détresse comptent parmi leurs premiers devoirs dans l'idéal chevaleresque. Dans le passage évoqué ici, Gauvain qui est en quête du Pont Perdu appelé aussi Pont sous l'Eau, croise une demoiselle désemparée parce qu'un chevalier vient de lui voler la ceinture d'or et l'aumônière que son ami lui avait données. Elle craint qu'il ne s'aperçoive de cette disparition et que sous l'effet de la jalousie il ne la soupçonne d'en avoir fait cadeau à un amant. Elle requiert donc l'aide de Gauvain en échange de quoi elle lui indiquera la voie qui conduit au Pont perdu.
Le peintre a illustré le moment de la rencontre où Gauvain se retourne pour écouter la jeune femme, au visage fin et grave, qui l'interpelle. Il l'écoute avant d'accepter sa proposition c'est pourquoi il n'a pas encore fait faire volte face à son cheval. En arrière plan, apparaît entre les frondaisons le sommet du pavillon du chevalier recéleur que Gauvain devra vaincre pour rendre justice à la demoiselle.

Même si la défense et le secours des demoiselles en détresse est une des premières règles de conduite chevaleresque, dans les romans arthuriens, les jeunes femmes sont des victimes privilégiées de la violence et de la cruauté masculine. Selon les aléas des aventures chevaleresques, elles sont enlevées à leur ami ou abusées. Selon la coutume de Logres, aucun chevalier ne devrait s'en prendre à une jeune fille seule, règle qui dans ce cas n'a pas été respectée, mais si une demoiselle est accompagnée par un chevalier, elle peut être conquise au combat. Partageant les déboires de leur compagnon, elles sont souvent obligées d'appeler à l'aide d'autres parties. Or parfois les chevaliers qui les accompagnent se montrent eux aussi injustes et soupçonneux, prêts accuser et à brutaliser leur amie au moindre faux pas. Ainsi la demoiselle qui met Gauvain sur la voie du Pont sous l'Eau a été victime d'un vol, mais ne peut se fier à son ami pour obtenir justice, et craint au contraire sa jalousie et sa colère.
 
 

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