La Quête du Saint Graal
Apparition du saint graal aux chevaliers de la Table Ronde
Roman du XIIIe siècle
Manuscrit copié à Ahun, par l'atelier d'Evrard d'Espingues, vers 1470
BnF, Manuscrits, Français 116 fol. 610v
© Bibliothèque nationale de France
Après le combat organisé par Arthur pour éprouver la valeur de Galaad, les chevaliers se réunissent dans la grande salle et prennent place à la Table ronde. Ils assistent alors au merveilleux service du Graal :
Les compagnons de chevalerie allèrent s'asseoir chacun à la place qu'il avait occupée le matin. Quand ils y furent tous assis en silence, ils entendirent un coup de tonnerre si grand et si merveilleux qu'ils crurent que le palais était sur le point de s'écrouler. Soudain entra dans la salle un rayon de soleil qui produisit cent fois plus de clarté qu'il n'y en avait auparavant. Et tous ceux qui se trouvaient là furent comme illuminés de la grâce du Saint Esprit, et ils commencèrent à se regarder les uns les autres, car ils ne savaient pas d'où pouvait venir cette clarté. Et personne ne put prononcer une parole : petits et grands furent frappés de mutisme. Et quand ils furent restés ainsi un long moment sans pouvoir dire aucun mot, à se regarder comme des bêtes muettes, alors entra dans la pièce le saint Graal, couvert d'un samit blanc, mais personne ne put voir qui le portait. Il arriva par la grande porte du palais.
Aussitôt qu'il fut entré, la salle s'emplit de bonnes odeurs comme si toutes les épices du monde y avaient pénétré et s'y étaient répandues. Le Graal parcourut toute la pièce, de part et d'autre, et au moment où il passait devant les tables, celles-ci se remplissaient immédiatement devant chaque place de de la nourriture que chacun désirait. Tous furent servis et le saint Graal disparut si rapidement qu'ils ne surent ce qu'il en advint. Les chevaliers qui ne pouvaient dire un mot auparavant purent alors parler et ils bénirent Notre Seigneur de leur avoir accordé une telle faveur et un tel honneur en les comblant de la grâce du saint Graal. Mais le roi Arthur fut le plus joyeux et le plus heureux de tous car Dieu lui avait accordé plus de grâces qu'à aucun autre avant lui.
Le Graal, entouré d'un arc-en-ciel et soutenu en l'air par deux angelots peints de façon symétrique avec la même peinture dorée diaphane presque transparente, diffuse sa clarté au centre de la Table ronde. Celle-ci comprend seize chevaliers : elle est présidée par Galaad, priant debout les mains jointes sous un dais d'honneur et entouré de Perceval, Arthur, Hélias, Tristan, Keu, Baudemagu, Ydier, Caradoc, Rion, Etor, Lionel, Gauvain, Bohort et Lancelot, dont les noms sont inscrit en lettres d'or au revers de leur siège ou au-dessus de leur tête.
 
 

> partager
 
 
 

 
> copier l'aperçu
 
 
> commander