Yvain a quitté sa femme pour un an afin d’éprouver sa valeur de chevalier. Bien qu’il ait remporté le tournoi de l’Assomption, il est envahi de tristesse, car il a dépassé le délai accordé par son épouse. Arrive alors une messagère qui entre dans le pavillon du roi et accuse Yvain, le menteur, le fourbe, le perfide, d’avoir volé le cœur de sa dame et de l’avoir trahie. Elle exige qu’il lui rendre la bague offerte par Laudine, qui plus jamais ne veut avoir affaire à lui. Yvain, fou de chagrin, quitte l’état d’homme civilisé pour celui d’homme sauvage, errant nu dans la forêt. Il ne retourne à la civilisation qu’après guérison par un onguent. Mais il a perdu son nom et doit retrouver son identité.

>L’enluminure est ici divisée en quatre tableaux à travers lesquels le peintre joue habilement du glissement d’une scène à l’autre. Dans le premier, l’envoyée de Laudine, descendue de son cheval blanc, s’avance vers Yvain et lui ôte l’anneau du doigt, en présence du roi Arthur et de sa cour réunis sous une tente.
Dans le deuxième tableau, la demoiselle s’en retourne sur son cheval, laissant Yvain en proie à la folie, déchirant ses vêtements. Le dédoublement du héros rend admirablement sa brutale métamorphose : Yvain, vêtu d’une longue tunique rose, devient tout à coup un sauvage nu qui s’éloigne vers la forêt, chassant le cerf sous le regard d'un ermite à la fenêtre de sa cabane. Le troisième tableau, en diagonale, montre à l'inverse le retour de l'état sauvage à la civilisation : Yvain est nu, avec près de lui le vêtement déposé par une demoiselle qui le guérit de sa folie en lui appliquant sur le corps un onguent. Puis, revêtu du même vêtement rose que dans la scène précédente, Yvain s’éloigne à cheval avec la jeune femme. Enfin, dans le dernier tableau, le héros, armé de pied en cap, tue le serpent monstrueux qui enserre le lion avec lequel Yvain dédoublé s’en va derrière le cadre de l’enluminure. Le fauve, couché à ses pieds, lui rend alors hommage, levant vers lui une tête soumise.

Ce sont au total sept scènes qui sont représentées dans cette enluminure, traversée en diagonale par une ligne de passage du surnaturel sur fond d'or, que le héros franchit dans les deux sens, devenant fou et perdant son nom pour renaître sous celui du chevalier au lion. L’illustration traduit parfaitement la valeur initiatique de cet épisode, placé au cœur du roman. De ce rapprochement du réel et du surnaturel naît le fantastique, dans l’image comme dans le texte.
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