La Dame du Lac se dresse au milieu d'un cours d'eau, tenant dans les bras le jeune Lancelot. Si la disposition des figures évoque la vierge à l'enfant, le cadre de la scène rappelle les origines de Viviane qui porte un voile, mais dont la robe rouge se détache nettement sur le bleu de l'eau et le vert du décor naturel. La violence de l'enlèvement s'efface au profit de l'impassibilité mystérieuse de la ravisseuse qui contemple l'enfant dont le visage semble calme et serein. Le caractère énigmatique de l'enlèvement se reflète dans la gravité du visage de Viviane, concentrée sur l'enfant endormi. L'épisode est d'autant plus poignant qu'il est vu à travers le regard de la mère de Lancelot qui, sans deviner le caractère surnaturel de la scène, assiste impuissante au rapt mystérieux de son enfant. Elle sera ensuite rassurée sur le sort de son fils, mais demeure en ce moment dans la plus grande incompréhension et le plus grand chagrin. La représentation très figée de la Dame du Lac la montre tout à fait étrangère aux émotions humaines et à la situation dramatique de la reine. Elle ne prononce pas un mot à la prière pathétique de la reine et ne se donne pas la peine de lui expliquer ses intentions.
L'univers terrestre, soumis aux aléas de l'histoire et des passions humaines, est ainsi mis à distance du monde protégé de la merveille et des enchantements auquel appartient la fée du lac. Arraché à sa mère dans des circonstances très inquiétantes, Lancelot est donc temporairement soustrait aux contingences du monde humain : il bénéficiera d'une enfance paisible sous la protection de la fée.
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