Quis evadet ? (Qui y échappera ?)

[Atelier de Hendrick Goltzius, Haarlem, vers 1590]

Vanité : amour soufflant des bulles de savon, les pieds sur un crâne
Gravure sur cuivre (burin), 21,8 × 16,3 cm
BnF, département des Estampes et de la Photographie, EC-37-FOL
© Bibliothèque nationale de France
Cette gravure de vanité, memento mori comparant la vie de l’homme à une bulle de savon, est celle dont Baudelaire s’est inspiré pour composer le poème « L’Amour et le crâne ». Il y transforme la figure de l’enfant assis sur son propre crâne de vieillard encore partiellement chevelu en image grinçante de l’Amour trônant sur « le crâne de l’Humanité ».
 
   LXXXIX
L’AMOUR ET LE CRÂNE
Vieux cul-de-lampe

 
« L’Amour est assis sur le crâne
   De l’Humanité,
Et sur ce trône le profane,
   Au rire effronté,
 
Souffle gaiement des bulles rondes
   Qui montent dans l’air,
Comme pour rejoindre les mondes
   Au fond de l’éther.
 
Le globe lumineux et frêle
   Prend un grand essor,
Crève et crache son âme grêle
   Comme un songe d’or.
 
J’entends le crâne à chaque bulle
   Prier et gémir :
– « Ce jeu féroce et ridicule,
   Quand doit-il finir ?
 
Car ce que ta bouche cruelle
   Éparpille en l’air,
Monstre assassin, c’est ma cervelle,
   Mon sang et ma chair ! »
 
Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, 1857