Les animaux et la Bible

Dès les premiers chapitres de la Bible (la Genèse), Dieu crée les êtres des eaux et du ciel au cinquième jour, les animaux terrestres au sixième, puis l’homme enfin, pour régner sur l’ensemble de la Création. En peignant les merveilles du monde animal et humain, les enlumineurs du Moyen Âge ne livrent donc pas seulement de belles images, mais ils glorifient le miracle de l’incarnation, et en rendent grâce au Créateur.

       
 
      



 

L’harmonie qui règne originellement entre les habitants du Paradis, hommes et bêtes, qui sont tous herbivores, est souvent représentée dans les manuscrits de la Genèse. Puis, après qu’Adam et Eve ont été chassés du Paradis terrestre, une nouvelle chance est accordée à l’homme avec le déluge : Noé embarque un couple de chaque espèce vivante dans l’arche, paradis retrouvé où hommes et animaux sont à leur place. Mais, au moment du sacrifice qui suit le débarquement, Dieu autorise l’homme à se nourrir de l’animal, et l’animal qui aura versé le sang de l’homme devra rendre des comptes : les rapports entre hommes et animaux s’inscrivent désormais dans une dynamique de lutte, mais aussi d’espérance en un retour à l’harmonie du Paradis.

On rencontre donc de nombreux animaux, réels ou monstrueux, dans les autres livres de la Bible : lions (de Judas, de Daniel, de Salomon, de saint Marc…), baleine de Jonas, béliers, bouc, agneaux du sacrifice, licornes, ânes compagnons de la vie du Christ, taureau de saint Luc, aigle de saint Jean, dragons de l’Apocalypse, colombes… Leur symbolique est complexe, ambiguë (tantôt positive, tantôt négative) : ils incarnent souvent l’affrontement entre le Bien et le Mal. Les Bestiaires y puiseront une grande part de leur inspiration morale.

      
   
      
   

Le tétramorphe, symbole des Evangélistes
"Devant le trône, on dirait une mer, aussi transparente que du cristal. Au milieu du trône et autour de lui, se tiennent quatre Vivants, constellés d’yeux par-devant et par-derrière. Le premier Vivant est comme un lion ; le deuxième Vivant est comme un jeune taureau ; le troisième Vivant a comme un visage d’homme. Le quatrième Vivant est comme un aigle en plein vol. Les quatre Vivants, portant chacun six ailes, sont constellés d’yeux tout autour et en dedans."

      

 

Cette vision de saint Jean, dans l’Apocalypse (IV, 6-8), fait écho à celle d’Ezéchiel dans l’Ancien Testament. Les quatre vivants, transformés en animaux – le tétramorphe -, servent désormais de symboles aux quatre évangélistes (le lion pour Marc, le taureau pour Luc, l’homme pour Matthieu et l’aigle pour Jean). Ils peuvent même fusionner avec eux pour former d’étranges figures faites d’un corps humain et d’une tête animale, comme dans l’évangéliaire réalisé au Xe siècle dans l’abbaye bretonne de Landévennec.

L’image du tétramorphe est devenu l’un des thèmes les plus courants de l’iconographie religieuse du Moyen Âge , tant dans l’enluminure que dans la sculpture, le vitrail, la peinture, sur les émaux ou les ivoires…


 

Les Cisterciens contre les représentations animales
Néanmoins, dès le XIIe siècle saint Bernard et d’autres Cisterciens se sont élevés violemment contre la présence ornementale excessive des animaux sur les chapiteaux et les porches des églises et des monastères.

"Pourquoi, dans les cloîtres des moines, ces grues et ces lièvres, ces daims et ces cerfs, ces pies et ces corbeaux ? Ce ne sont pas les instruments des Antoine et des Macaire, mais plutôt des divertissements de femmes. Tout cela n’est pas conforme à la pauvreté monastique, et ne sert qu’à repaître les yeux des curieux."
Aelred de Rielvaux, Miroir de la charité.