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Le 1er
février 1648, un groupe d’artistes composé
de peintres et de sculpteurs se réunit afin de définir
les statuts et créer officiellement une nouvelle académie,
l’Académie royale de peinture et de sculpture.
Il s’agit alors pour ces artistes, sous couvert de la
protection royale, de s’émanciper des contraintes
imposées par la Maîtrise mais aussi d’élever
leur art au rang très envié et noble des "arts
libéraux". Suivant les exemples italiens, cette
académie va dès sa création former des
élèves, appelés à être les
futurs académiciens, en dispensant des cours. Des conférences
sur l’anatomie, l’architecture, la géométrie,
la perspective… seront données. C’est la
raison pour laquelle Abraham Bosse sera appelé à
y enseigner. Le graveur entre à l’Académie
royale de peinture et de sculpture le 9 mai 1648 mais il quittera
définitivement la prestigieuse institution le 7 mai 1661
à la suite de querelles importantes qui l’opposèrent
aux autres membres de l’Académie.
Le conflit qui divisa Abraham Bosse et les académiciens
est un événement suffisamment important de l’histoire
de l’art du XVIIe siècle
pour qu’il soit souvent rapporté. Ce désaccord
reste tout à fait contemporain car il permet aujourd’hui
encore de se poser la question sur ce que doit être une
institution artistique officielle. Doit-elle être la représentation
d’une ligne directrice, d’une pensée unique,
ou bien plutôt un lieu d’échange, de discussion,
d’émulation, donc bien sûr de contradictions
également permettant une évolution ?
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Bosse est le premier graveur
à entrer à l’Académie pour y dispenser
des cours, il faut cependant souligner qu’il n’y
entre pas pour y enseigner les techniques de l’estampe
mais la perspective car il est expressément mentionné
dans les statuts que "l’on parlera dans la dite Académie
des arts de Peinture et de Sculpture seulement et de leurs dépendances,
sans qu’on puisse y traiter d’aucune autre matière".
On peut se demander les raisons pour lesquelles c’est
Abraham Bosse qui est sollicité pour enseigner la perspective.
En 1648, il est à la fois un artiste et un théoricien
reconnu. Son œuvre gravé est alors très abondant,
il a de plus collaboré avec des artistes éminents.
Cependant, c’est beaucoup plus vraisemblablement la notoriété
qu’il a acquise en publiant des traités reprenant
les méthodes de perspective de Girard Desargues qui explique
que les membres de l’Académie, conscients de la
nécessité de voir enseigner la perspective à
leurs élèves, demandent à Bosse d’accepter
ce poste de professeur associé. il veut obtenir le titre
de professeur. Il estime qu’étant graveur il a
une pratique depuis près de trente ans et refuse d’être
considéré et accepté seulement comme théoricien.
Faut-il voir dans cette demande un souhait uniquement personnel
?
Rapidement, Bosse veut obtenir le titre de professeur et faire
valoir une reconnaissance officielle du statut de la gravure.
Cette dernière était considérée
comme un art de reproduction réduite et à une
position d’auxiliaire de la peinture. Dès le sommaire
des Sentiments, Bosse, contrairement à ce qui
était en quelque sorte bien établi, traite sur
un plan d’égalité la peinture et la gravure
: "M’étant donc proposé de dire mes
sentiments touchant la connaissance des ouvrages de la portraiture
qui est un mot général qui comprend et la peinture
et la gravure, et en un mot qui signifie la représentation
de quoi que ce soit par quel moyen que ce puisse être."
Il estime que la gravure, au même titre que la peinture,
doit être reconnue comme un art noble.
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Quelques mois plus tard, Abraham
Bosse se met en conflit directement avec Le Brun, critiquant
publiquement la construction d’un de ses tableaux, puis
offre le 7 juin 1653 à l’Académie deux traités
de perspective qu’il a rédigés. Convaincu
que les méthodes arguésiennes sont incontournables
et sont "l’unique organe de Resonnement de la peinture",
il veut démontrer aux membres de l’Académie
qu’il détient la vérité. Les académiciens
n’apprécient pas que le graveur viennent leur donner
des leçons et pour, le contrer, Le Brun dépose
le 3 août le "traité de peinture" de
Léonard de Vinci, ouvrage dans lequel l’artiste
développe de nombreux aphorismes sur la peinture et où
l’on trouve, en particulier, certaines de ses pensées
concernant la perspective. Il est manifeste cependant qu’au-delà
d’un désaccord profond sur l’application
d’une théorie par rapport à une autre, c’est
avant tout l’attitude de Bosse qui irrite les artistes.
Le 7 mai 1661, la rupture avec l’Académie est définitive.
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Le conflit n’est cependant
pas terminé. En effet une vingtaine d'élèves
choisissent de quitter l’Académie afin de rejoindre
Abraham Bosse, qui avait ouvert une école dans un local
loué dans l’enclos de Saint-Denis-de-la-Chartre.
Ainsi Bosse après son départ s’autorise-t-il
à faire poser le modèle, ce qui pourtant, par
les statuts de 1654 confirmés par arrêt du Parlement,
était exclusivement réservé à l’Académie
royale. L’école est fermée le 2 novembre
1662, sur ordre du chancelier Séguier, et les élèves
adressent alors une requête au chancelier qui est une
véritable critique de l’Académie. Ils reprochent
aux professeurs leur manque d’assiduité, ils regrettent
également que l’enseignement y soit coûteux
et incomplet. Le ton en est extrêmement sévère.
L’Académie pourtant sortira renforcée après
cette virulente attaque, car ce conflit a permis d’ouvrir
le débat au sein de l’institution et de mettre
les professeurs face aux exigences justifiées des élèves.
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Le 7 juin 1664, soit trois ans après le départ
d’Abraham Bosse, de nouveaux "Statuts et ordonnances"
seront ajoutés aux règlements de l’Académie,
un de ces articles permettant enfin aux graveurs d’être
reçus membres de la prestigieuse institution : "Que
les excellens Graveurs pourront estre reçeus Academiste,
sans néanmoins qu’il leur soit permis d’entreprendre
aucun ouvrage de peinture." Longtemps considérée
comme un art mécanique de reproduction, la gravure
obtenait enfin d’être admise et reconnue par l’Académie.
On peut avec juste raison penser que la détermination
d’Abraham Bosse a vraisemblablement joué un rôle
majeur dans cette reconnaissance. |
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