Maxime Ducamp,
dans Le Salon de 1861


Les dessins à la plume de M. Bresdin semblent être le rêve d’un hachichien ; tout y a une valeur égale ; c’est un incompréhensible fouillis qu’il faut regarder longtemps avant d’y démêler quelque chose. Un grand dessin, intitulé : Abd el-Kader secourant un chrétien, devait évidemment, dans le principe, vouloir représenter la parabole du bon Samaritain, mais, les événements de Syrie survenant, le titre a été changé. C’est très curieux ; chaque branche d’arbre porte un oiseau, ou un singe, ou un insecte. Une faune extraordinaire fourmille dans cette flore embrouillée ; des villes apparaissent dans le lointain ; les arbres s’enchevêtrent les uns aux autres ; il y a des flaques d’eau, des roseaux, des chardons, des cigognes, des huppes, des nuages, des hirondelles, un dromadaire harnaché, et, à force de regarder, on finit par découvrir un homme habillé en Turc qui en secoure [sic] un autre, c’est l’explication du titre. Ce n’est pas cependant le travail du premier venu, c’est étrange, maladivement confus, ça ne trouve pas l’originalité que ça a cherchée, mais c’est un chef-d’œuvre de patience. À ces folies de la plume, je préfère la Esméralda de M. Stéphen Martin…