Villes étranges, maisons de rêve

Tout au long de sa vie, qu’il fût seul ou accompagné de sa famille de plus en plus envahissante, Bresdin n’a cessé de changer de domicile, le plus souvent pour des questions d’argent. Sa tribu nomade, à la manière des Bohémiens de Callot, est toujours en déplacement. Pour avoir beaucoup trimardé, Bresdin a vu beaucoup de maisons, auberges, baraques, fermes, fabriques, moulins, villas, châteaux. On pourrait penser que ses dessins représentant des habitations, des villages, des bourgs, des ports, correspondent à quelque réalité. Mais, malgré l’estampe de Mon rêve (cat. n° 16), on a du mal à imaginer Bresdin, un carnet à la main, prenant des notes au cours de ses errances. Il est difficile de croire qu’il se soit artistiquement intéressé à rendre compte de l’architecture vernaculaire. Ainsi ne sait-on pas d’où sortent, sinon de son cerveau, ces immenses et inquiétantes volières dont il surcharge les toits de la plupart de ses constructions. Non, il élève sur le papier, à partir de souvenirs enjolivés ou dramatisés par le vol de la plume sur le papier, à partir d’estampes d’autres artistes, de photographies, de prospectus, d’improbables bâtisses qu’il entasse pêle-mêle en bourgades médiévales qu’on n’espère même pas voir figurer dans les Voyages pittoresques de Taylor et Nodier.

C’est dans ces estampes et dessins, qui montrent bien l’appartenance de Bresdin au mouvement romantique, que l’on décèle le plus l’influence des artistes contemporains, qu’il s’agisse de Français comme Isabey, Hervier ou Charles Jacque, ou de Hollandais comme Jongkind.