C’est du nom du second rôle de la plupart des romans d'aventure de James Fenimore Cooper (Le Dernier des Mohicans), le Delaware Chingachgook, que lui vient, déformé par une prononciation parisienne,
le sobriquet Chien-Caillou. En assumant ce personnage, Bresdin manifeste très tôt sa sympathie pour les héroïques perdants de l’histoire auxquels il s’intéressera toute sa vie (Abd el-Kader, Schamyl, Vercingétorix) et auxquels, peut-être, il s’identifie. Champfleury, quand il écrit son Chien-Caillou, est loin de comprendre ce sentiment. Champfleury met en scène un pauvre graveur, surnommé Chien-Caillou par ses camarades, vivant avec la seule compagnie d’un lapin dans un galetas sordide du quartier Latin, qui lui sert à la fois de logement et d’atelier, et qui a pour seul ornement une eau-forte authentique de Rembrandt, la Descente de croix. Il y grave d’obscures estampes, qu’un vieux juif brocanteur lui achète à vil prix et revend pour des pièces hollandaises du XVII
e siècle à des amateurs. Même le conservateur du cabinet des Estampes d’alors, l’illustre Duchesne, y est trompé. Chien-Caillou s’éprend de sa voisine, la belle Amourette, mais l’aventure se termine mal. De désespoir, Chien-Caillou tue son lapin fidèle, devient aveugle et finit à l’hôpital.

Il n’est évidemment pas facile de distinguer dans cette nouvelle ce qui tient à la vérité et ce qui relève de l’invention littéraire. Les seules choses dont nous soyons sûrs sont la misère, la présence du lapin et les gravures, de même que les troubles oculaires qui amenèrent Bresdin à l’hôpital Necker en 1840 et le héros de Champfleury à la cécité totale.

Si la nouvelle de Champfleury n’avait eu qu’un succès d’estime, le mal n’aurait sans doute pas été bien grand. Mais la faveur immédiate dont jouit Chien-Caillou compliqua les choses. On ne vit plus en Bresdin que Chien-Caillou. Cela dut lasser l’artiste et joua peut-être un plus grand rôle que les déceptions républicaines dans sa fuite de Paris et son exil corrézien, puis bordelais puis toulousain. Son retour en 1861 montra que cette fuite avait été inutile puisque même les gens qui lui étaient favorables, croyant l’aider, le présentaient toujours comme le modèle original de Chien-Caillou. Le poison de la tunique de Nessus était toujours actif, il le sera jusqu’à la mort de l’artiste. Cependant, Bresdin assumera jusqu’au bout le surnom de Chien-Caillou, souvent abrégé en Caillou, mot sur lequel il saura jouer. Peut-être le préférait-il malgré tout à l’équivoque Bredin.

Dans la prononciation normale du mot Bresdin, le s est muet. Les descendants de Bresdin le prononcent, et il semble que l’artiste lui-même ait insisté sur cette prononciation.
Le Trésor de la langue française  précise que, dans les parlers du Nord-Ouest et du Centre, bredin ou berdin signifie "niais, nigaud", et dérive probablement d’une acception péjorative du mot latin britto qui veut dire "breton", le verbe berdiner signifiant "s’occuper à des riens, s’amuser de peu de choses", et brediner étant l’équivalent de "bredouiller".

Odilon Redon évoque dans ses souvenirs : "Je le vis à Bordeaux dans une extrême détresse qu’il oubliait dans un labeur de forcené. Sa rue, d’appellation ancienne, ne porte plus aujourd’hui ce nom de rue Fosse-aux-Lions, qu’il me faisait remarquer en plaisantant, avec un sourire." La Fosse-aux-Lions était autrefois le nom donné à une espèce de prison pour les aliénés criminels ou dangereux à l’hôpital de Bicêtre, lequel abritait des miséreux et des fous.
Bresdin devait s’amuser de ce dérisoire : la rue Fosse-aux-Lions est la seule adresse qu’il ait jamais fait figurer sur ses estampes.