Histoire des Francs

Grégoire de Tours, fin du VIe siècle

Frontispice de l'Histoire des Francs

Incipit du Livre de Clovis
Grégoire de Tours (540-594) est né à Clermont en Auvergne dans une famille sénatoriale. Il reçut à Tours une formation essentiellement cléricale, peu versée dans les arts libéraux. Élu évêque de Tours, Grégoire commence en 575 la rédaction de la toute première Histoire de France, consacrée aux Mérovingiens : dix livres depuis l'origine du monde jusqu'au règne de Childebert II et Clotaire II , ses contemporains.
C'est en tant qu'éducateur du peuple chrétien qu'il se mit à écrire, dans un latin mi-littéraire mi-parlé dont il s'excuse avec une touchante honnêteté, mais d'une lecture agréable et vivante. S'il note de nombreux détails historiques, Grégoire écrit avant tout l'histoire de la conversion à la "vrai foi" d'un peuple barbare. Ainsi a-t-on surtout retenu de son œuvre l'épisode éminemment emblématique du baptême de Clovis, point focal de l'histoire de France. Contemporain des petits-fils de Clovis, Grégoire n'avait pu assister à l'événement. Il disposait de quelques sources d'une valeur inégale : des témoins encore vivants et les souvenirs laissés par la reine Clotilde à Saint-Martin de Tours.

Le baptême de Clovis

Alors la reine mande en cachette saint Rémi, évêque de la ville de Reims, le priant d'instruire le roi de la parole du salut. Le prêtre, l'ayant fait venir en secret, commença à le persuader de croire au vrai Dieu, créateur du ciel et de la terre, et de renoncer aux idoles qui ne peuvent lui être utiles ni à lui ni aux autres. Mais le roi lui dit : "Je t'ai écouté de bonne grâce, très saint père, cependant il reste une chose : le peuple qui m'est fidèle n'entend pas abandonner ses dieux ; mais je vais lui parler conformément à ta parole" Il retourna donc parmi les siens et, avant même qu'il eût pris la parole, devancé par la puissance divine, le peuple entier s'écria d'une seule voix : "Les dieux mortels, nous les repoussons, pieux roi, et nous sommes prêts à suivre le Dieu immortel que prêche Rémi" On annonce la nouvelle au prélat qui, rempli d'une grande joie, ordonna de préparer la cuve. Les places sont ornées d'étoffes de couleur, les églises sont décorées de tentures blanches ; le baptistère est préparé, les parfums sont répandus, les cierges brillent, exhalant leur odeur. Tout le temple du baptistère est inondé de l'odeur divine et le Seigneur comble les assistants d'une telle grâce qu'ils se croient transportés parmi les parfums du Paradis.
Ce fut le roi qui le premier demanda à être baptisé par le pontife. Nouveau Constantin, il s'avance vers la cuve baptismale pour effacer le mal d'une vieille lèpre et se purifier dans l'eau nouvelle des souillures sordides contractées d'ancienneté. Quand il y fut entré pour le baptême, le saint de Dieu l'interpella en ces termes éloquents : "Courbe humblement la tête, Sicambre ; adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré"
Saint Rémi était un évêque non seulement d'une science remarquable, particulièrement versé dans l'étude de la rhétorique, mais aussi d'une sainteté si éminente qu'il égalait saint Sylvestre par ses vertus. Il existe aujourd'hui un livre de sa vie qui raconte qu'il a ressuscité un mort. Ainsi le roi, ayant confessé Dieu tout-puissant dans la Trinité, fut baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et oint du saint chrême par le signe de la croix du Christ.[...]


Texte intégral sur Gallica : tome 1
Texte intégral sur Gallica : tome 2


haut de page