L'époque des maires du palais

Le baptème de Clovis
Au VIIe siècle, à la fin de la dynastie mérovingienne, le royaume franc n'est guère plus qu'un conglomérat de principautés religieuses ou familiales, partagé en deux et affaibli par les rivalités entre rois de Neustrie et d'Austrasie. La notion d'État subit une véritable éclipse : les comtes, représentants locaux du roi, voient leur pouvoir personnel croître au détriment de l'unité du royaume ; les maires du palais, qui gouvernent et contrôlent le trésor royal, prennent également du pouvoir, en tentant notamment de rendre leur charge héréditaire. Le ciment essentiel du royaume franc, où la culture latine n'existe plus qu'à l'état de vestiges, reste la religion chrétienne.
Les princes mérovingiens ne sont pourtant pas tous les incapables décriés par les historiens carolingiens : le mythe des rois fainéants, destiné à tuer définitivement la monarchie héréditaire et de droit divin créée par Clovis et à légitimer la prise du pouvoir par les Pippinides, apparaît bien plus tard, dans la biographie de Charlemagne, la Vita Karoli magni, composée en 828 par Éginhard.
Clovis II à Saint-Denis

Les fondations de la dynastie carolingienne

Désigné comme maire du palais d'Austrasie par le roi Clotaire II, Pépin Ier (585-640) arrive le premier sur la scène politique. Mais le véritable fondateur de la dynastie carolingienne est Pépin II (635-714), petit-fils de Pépin Ier et d'Arnoul de Metz. Après des règlements de compte sanglants entre coteries mérovingiennes et une courte éclipse du pouvoir pippinide au milieu du VIIe siècle, Pépin II devient maire du palais d'Austrasie, puis il fait la conquête de la Neustrie et devient maire des deux palais en 687. Il règne au nom des rois Thierry III, puis Clovis II.
Quand ce dernier meurt en 691, Pépin II désigne Dagobert III comme héritier du royaume. Pépin ménage l'aristocratie franque afin d'éviter les querelles ; il lui faut unifier les territoires disparates sur lesquels il a mis la main, et les défendre des agressions extérieures. Mais en même temps, il place les membres de sa famille aux postes-clés du pouvoir. Parallèlement, il noue des liens étroits avec la Papauté qui cautionne sa politique religieuse, et s'appuie sur les missionnaires anglo-saxons dont le rôle évangélisateur accompagne l'extension de son autorité en Germanie. Pépin II meurt le 16 décembre 714, laissant prêtes pour les générations suivantes les bases sur lesquelles elles vont construire et étendre leur pouvoir.
Charles Martel, gouverneur des Français

Charles Martel

Le seul héritier désigné de Pépin II est son petit fils, trop jeune pour gouverner ; c'est donc le fils d'une de ses concubines, Charles, dit Martel (688-741), qui prend le pouvoir. Celui-ci va regagner les territoires autrefois contrôlés par les Mérovingiens. Héros de la Chrétienté contre l'Islam, bien connu pour ses talents guerriers et sa victoire sur les Arabes près de Poitiers en 732, Charles Martel a cependant une image négative dans la littérature ecclésiastique contemporaine : en effet, il utilise les biens de l'Église et confie, comme l'avait déjà fait son père, les charges abbatiales et épiscopales à des parents ou à des hommes de confiance. Ce réseau sans précédent, construit sans relâche pendant la première moitié du VIIIe siècle, servira par la suite à appliquer la politique culturelle de Charlemagne et de ses héritiers.
Profitant de l'affaiblissement du pouvoir royal, Charles Martel se proclame dès 719 duc et prince des Francs. En 737, il ne désigne pas de successeur au roi mérovingien Thierry IV, et le pape Grégoire III, qui l'appelle à son secours en 739 pour le défendre contre les Lombards, lui donne le titre de vice-roi. Quand il meurt en 741, ses trois fils Pépin, Carloman et Griffon sont donc en situation de force par rapport à la dynastie mérovingienne. Les trois frères se partagent les territoires, selon le scénario habituel à l'époque ; mais Griffon est rapidement neutralisé, et Carloman se retire dans un monastère en 747.
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