Les autres foyers de culture

   

L'élan créateur se poursuit durant la seconde moitié du IXe siècle sous Charles le Chauve, qui conserve les mêmes orientations de politique culturelle et continue à soutenir la création artistique.  De grands centres de culture se développent au sein de l'empire, où font exception l'Aquitaine et la Provence ruinées par les guerres incessantes et les invasions. Dans les grands monastères de Gaule, à Corbie et Saint-Riquier, à Saint-Martin de Tours, mais aussi près de certaines cathédrales, à Reims ou à Lyon par exemple, des écoles s'organisent pour la première fois de façon claire et structurée, selon un schéma inspiré de celui qui fonctionne à la fin du VIIe siècle à York, où Alcuin a enseigné pendant plusieurs années.
   

Première Bible de Charles le Chauve
Évangiles d'EbbonSacramentaire de Drogon
 
Après la mort de Charlemagne, plusieurs centres se créent sous la houlette de grands personnages, familiers de l'empereur. L'archevêque de Reims Ebbon, frère de lait de Louis le Pieux, favorise la création d'un atelier d'enluminure à Hautvillers, d'où sortent le fameux Psautier d'Utrecht et les Évangiles d'Ebbon, au style nerveux et vibrant d'inspiration hellénistique.
À Tours, la production de Bibles et d'Évangiles enluminés atteint son apogée sous les successeurs d'Alcuin, Adalard et Vivien, irriguée par des courants antiquisants teintés d'influences rémoises, comme en témoignent notamment la Bible de Vivien et les Évangiles de Lothaire.
Metz, enfin, déploie une activité artistique exceptionnelle sous l'évêque Drogon, fils illégitime de Charlemagne. Des ateliers messins nous est parvenu un groupe de manuscrits liturgiques décorés d'enluminures d'une grande finesse, et garnis de somptueuses reliures d'ivoires.
Évangiles de Metz
Seconde Bible de Charles le ChauveSacramentaire de Saint-Denis Sacramentaire de Saint-Denis
 
À cette époque, on observe dans les centres du Nord une rupture décisive avec la tradition figurative : demeurés fidèles à l'héritage insulaire, les enlumineurs actifs à Saint-Amand et dans les environs pratiquent un style ornemental abstrait, dit "franco-insulaire", dont la Seconde Bible de Charles le Chauve incarne l'apogée. En marge de ces écoles officielles fleurissent tout au long de la période concernée un certain nombre d'autres centres provinciaux, tels que Corbie ou Fleury, qui continuent à pratiquer un art hybride, combinant traditions insulaires, mérovingiennes et méditerranéennes.
Saint Matthieu
Cette brillante renaissance artistique commence à donner des signes de déclin dès la fin du IXe siècle, minée par les dissensions internes de l'Empire puis par les invasions normandes qui font brutalement disparaître de nombreux foyers de création. Au siècle suivant, privée du soutien royal, l'activité artistique connaît ainsi un net ralentissement, se poursuivant de manière sporadique dans quelques foyers situés aux lisières de l'empire, ainsi qu'au sein de quelques monastères.
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