Après
la mort de Charlemagne en 814, l'Église et l'État
restent fortement associés dans l'exercice du pouvoir, parce que
les structures ecclésiastiques sont aussi celles de l'administration
publique. Les successeurs de Charlemagne n'ont pas tout à fait
la même vision théocratique de leur mission, mais l'Église
reste soumise à leur surveillance économique et spirituelle.
Et si certains dignitaires religieux tentent d'affirmer la prééminence
du spirituel sur le temporel, ils se conduisent généralement
en administrateurs et en vassaux, plus qu'en responsables ecclésiastiques.
Pour
ce qui est des évêques, le rôle central attribué à Metz
dans la politique carolingienne est évident, d'abord avec Chrodegang,
puis avec
Angilram, chapelain et conseiller de Charlemagne, et enfin avec
Drogon,
demi-frère de Louis le Pieux. L'important siège de Reims
est occupé par Ebbon, frère de lait et bibliothécaire
de Louis le Pieux, puis par
Hincmar, qui a longtemps fréquenté la
cour impériale. Les noms changent au fil des années, mais le
système de clientélisme demeure, de
Fridugise, chancelier de
Louis le Pieux et successeur d'Alcuin comme abbé de Saint-Martin
de Tours, à
Nithard, petit-fils de Charlemagne, fidèle de Charles
le Chauve et abbé de Saint-Riquier après son père Angilbert.
Angilbert et Nithard sont des laïcs, comme Éginhard, dont le cumul
des bénéfices est étourdissant.
En 814,
Louis le Pieux met bien à la tête de tous les monastères
de l'empire un moine,
Benoît d'Aniane, dont le
Capitulare
monasticum, promulgué le 10 juillet 817, réaffirme la nécessité de
l'application à tous de la règle bénédictine ;
mais à Saint-Martin de Tours, ce sont encore deux laïcs, Adalard
puis Vivien, qui succèdent au grand théologien réformateur
qu'était Alcuin, et à Fridugise. La fin de l'empire
carolingien accentue cette dérive, qui finalement livre les biens temporels
des institutions religieuses, évêchés ou abbayes, aux grandes
familles aristocratiques.