La forme du livre carolingien

 
Comme c’est déjà le cas dans la bibliothèque fondée par l’homme d’État et écrivain romain Cassiodore à Vivarium au VIe siècle, le manuscrit carolingien est un codex : il est composé de cahiers cousus ensemble et protégés par une couvrure. Il a donc la même forme que le livre moderne, même si le nombre des feuillets à l’intérieur des cahiers et leur présentation sont moins réguliers. Leur format est souvent carré et leur taille moyenne, à mi-chemin entre les livres d’aujourd’hui et les grands volumes produits à partir du XIIe siècle. Ils sont tous en parchemin : utilisé d’abord pour des petits documents, lettres ou quittances, ce support a remplacé le papyrus à partir du IVe siècle. Cette présentation des textes a constitué une véritable révolution au début de l’ère chrétienne, car à l'inverse du rouleau (volumen), qui impose une lecture continue, le codex permet d'accéder aux chapitres de manière directe.
Reliure de peau nue
Psautier de CorbieSaint Matthieu
Reliure de peau nue

Une couvrure de peau

Les volumes doivent être reliés : comme Alcuin l’indique dans une lettre envoyée aux évêques en 800, il faut faire coudre ensemble et couvrir les cahiers des manuscrits, afin d’éviter qu’ils ne soient perdus ou dispersés par les lecteurs. Au IXe siècle, l’abbaye de Saint-Riquier a son propre relieur, mais ailleurs ce travail est confié à un moine de l’abbaye ou à des relieurs itinérants, comme le suggère la présence de reliures semblables dans des lieux différents. La plupart de ces reliures sont en cuir. En 774, Charlemagne donne à l’abbaye de Saint-Denis une forêt, et surtout les cerfs et les chevreuils qui y vivent, pour que les moines disposent des peaux nécessaires pour couvrir les livres de leur bibliothèque. En l’an 800, un autre acte accorde pour la même raison des droits de chasse aux moines de l’abbaye de Saint-Bertin.
Quelques reliures courantes ont survécu, qui proviennent des grandes abbayes bénédictines d’Europe occidentale et, pour la France, d’Autun, Saint-Germain d’Auxerre ou Saint-Denis. Leur aspect technique et esthétique permet de déterminer un véritable type carolingien. Les cahiers sont cousus à l’aide de ficelles de chanvre ou de lanières de peau, selon un système qui s’appuie sur l’un des plats de la reliure, d’épaisses planchettes de chêne appelées ais, et ne nécessite donc pas de cousoir, dont l’usage n’apparaît que vers le XIe siècle. Ais et feuillets constituent un bloc compact et massif, couvert d’une peau épaisse, grisâtre et pelucheuse, vraisemblablement de la peau de cerf ou de daim.
Ces peaux sont le plus souvent restées nues, mais quelques reliures, originaires entre autres de Corbie, Saint-Denis, Saint-Gall ou Fulda, sont ornées de décors estampés à l’aide de fers préalablement chauffés et appliqués sur le cuir humidifié, selon un procédé inventé par des artistes orientaux, coptes puis islamiques. Les décors combinent des tracés géométriques simples, tels que losanges, rectangles ou croix, et des petits fers décoratifs gravés avec une certaine finesse. Les motifs rudimentaires de ces outils carrés ou ronds, parfois en forme de palmettes, sont empruntés à différents vocabulaires décoratifs plus anciens : fleurettes et feuillages, animaux fantastiques et nœuds d’entrelacs s’inspirent de mosaïques ou de sculptures antiques, comme des illustrations des manuscrits insulaires.
Quant aux manuscrits d'apparat, ils se parent de reliures d'orfèvrerie, incrustées de pierreries et de perles, d'ivoires et de cristaux.
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