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Crucifixion

Sacramentaire de Charles le Chauve
Crucifixion
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Ce petit cahier est sans doute le début d’un sacramentaire destiné à Charles le Chauve, qui n’a pas été terminé. Le décor, dû à un très grand artiste, est d’un luxe ornemental et iconographique inégalé. Le T du Te Igitur apparaît comme posé sur un fond vert vif rehaussé de rinceaux dorés, dont l’exubérance rappelle les grandes pages-tapis de la Bible de Saint-Paul hors les murs. Inscrit sur le fond bleu du T, le Christ en croix est surmonté d’une magnifique représentation du soleil et de la lune sous les traits d’un homme illuminé d’une couleur orangée et d’une femme en gris, dans la même mise en scène que sur les ivoires des reliures.

Les nombreux débats théologiques autour de la Passion du Christ et les prises de position des Carolingiens en faveur d’une dimension pédagogique et affective des images ont favorisé l’essor de l’iconographie de la Crucifixion dès la fin du 8e siècle. Celle-ci est abondamment représentée dans les œuvres de l’époque carolingienne. Dans les sacramentaires, on la trouve en tête de la prière Te Igitur qui ouvre le canon de la messe et constitue ainsi, comme le Vere dignum, l’un des temps forts de la décoration de ces manuscrits liturgiques.

Symbole de la croix, l’initiale T revêt ici l’aspect d’un véritable tableau de la Crucifixion. Auréolé d’un nimbe crucifère, le Christ en croix apparaît les yeux ouverts et les traits sereins, à la fois vainqueur et vaincu, mort et toujours vivant. Il est entouré des personnifications du soleil et de la lune dans des disques qui symbolisent la dimension cosmique du Salut. À ses pieds, le serpent évoque son triomphe sur la mort et sur le mal. Cette image invite ainsi le lecteur à contempler l’immortalité et l’éternelle majesté du Christ.

Le champ bleu de la croix est orné aux extrémités d’entrelacs dorés d’où s’échappent de luxuriants rinceaux. Cette exubérance végétale rappelle les compositions de l’enlumineur du sacramentaire de Drogon, et ses initiales ornées de rinceaux antiques qui s’enroulent librement sur les montants. À droite, le cartouche de pourpre renferme, inscrites en capitales dorées, les lettres suivantes de la prière : [T…] E IGITUR (Vous donc).

Inséré dans un cadre particulièrement somptueux délicatement bordé de porphyre, de feuillages stylisés et de pierres précieuses, ce tableau est l’une des œuvres les plus abouties du sacramentaire, tant sur le plan spirituel qu'artistique.

Bibliothèque nationale de France

  • Date
    9e siècle, vers 869-870
  • Lieu
    École du Palais de Charles le Chauve
  • Description technique
    Peinture et or sur parchemin
  • Provenance

    BnF, déparement des Manuscrits, latin 1141, fol. 6v

  • Lien permanent
    ark:/12148/mm121200988d