Foyer de l'école franco-saxonne, l'abbaye royale
de Saint-Amand a été fondée vers 634 par le missionnaire
Amand avec le soutien du roi Dagobert. Très vite, cette abbaye
participe au grand élan qui anime la renaissance carolingienne.
La réputation de son école attire des maîtres prestigieux,
comme Milon et son neveu
Hucbald de Saint-Amand, et son
scriptorium très
actif se spécialise sous Charles le Chauve dans l'exécution
de manuscrits liturgiques de grand luxe destinés à de hauts
dignitaires et à divers établissements religieux, comme
la seconde Bible de Charles le Chauve ou le Sacramentaire de Saint-Denis.
Ces manuscrits sont décorés dans un style ornemental abstrait
d'une grande originalité, fruit de la combinaison d'ingrédients
insulaires et d'apports plus spécifiquement carolingiens :
entrelacs, motifs végétaux et zoomorphes empruntés à l'art
anglo-saxon ou irlandais sont agencés dans des compositions harmonieuses
et structurées, où priment les notions de symétrie
et de clarté chères à l'art classique. D'une
sobre élégance, ce langage formel fait la part belle aux
savantes constructions géométriques ou calligraphiques
et n'accorde guère de place aux représentations figurées.